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Auteur Discussion: [Journal] Une île, entre le ciel et l'eau, pleine de sable et de cailloux  (Lu 2728 fois)
Mar 27 Nov 2007, 18:30
Jezekel
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Revoici le début de mon journal que j'avais entamé il y a quelques mois, avant le crash du forum (il est beaucoup question de crashs, dans ce jeu, vous ne trouvez pas ?). Revu et corrigé. Les jours prochains je reposterai ce que j'avais déjà écrit en y apportant quelques retouches, et avec plein d'idées pour la suite.



14 février : c'est pas demain qu'on va rentrer chez nous


Voilà à peu près une semaine jours que je me suis échoué sur cette île. Mais je suis loin d'être seul : quasiment tous les passagers qui se trouvaient à bord, à l'exception de quelques malchanceux, ont survécu au crash du vol Paris-Nouméa via Tokyo. Ce qui nous fait quand même largement plus d'une centaine de rescapés.

Bon, ce n'est pas une entrée en matière bien originale pour un journal, mais en vérité, je n'en vois pas d'autres. Nous nous sommes écrasés, nous avons survécu, et maintenant nous sommes là. Que voulez vous que je vous dise ? Ca fait déjà une semaine, et personne ne vient. De nos jours, avec la technologie et tout ça, si on ne vous retrouve pas au bout d'une semaine, il y a peu de chances qu'on vous retrouve tout court. Ca va être à nous de nous démerder.

A vrai dire, je ne pensais même pas écrire un journal, car je pensais que l'on viendrait nous chercher tout de suite. Mais à présent, je ne suis certainement plus le seul à penser que nous risquons d'être les locataires de l'île pour un sacré bout de temps. Sans quoi, les gens autour de moi ne commenceraient pas à s'installer un peu partout et à prendre leurs repères.

L'airbus A330 à bord duquel je me trouvais s'est planté sur une île a priori déserte entre Tokyo et Nouméa. Dans un sens il vaut mieux ça que s'être écrasé durant la première partie du trajet, en pleine Sibérie, ou mieux : quelque part dans l'océan glacial arctique... Et puis, une île du Pacifique, franchement il y a pire. J'imagine que ce n'est pas très différent de la Nouvelle Calédonie, la civilisation en moins, alors finalement je ne suis pas trop déçu du voyage. Il y a aussi un petit côté "Lost" à tout ceci que je trouve plutôt attrayant.

Mais contrairement aux survivants de la désormais célèbre série, nous avons aussitôt migré vers l'intérieur de l'île, et nous avons découvert une petite clairière dans la jungle, non loin d'une source, à moins de 500 mètres de la lisière. Tout le monde, je crois, s'est installé par ici. Moi et mes 4 plus proches voisins, nous avons commencé à former une sorte de concession. Cela s'est fait sans réelle concertation, nous avons juste trouvé naturel de rapprocher nos abris provisoires, ça favorise l'entraide. Et puisque j'en parle, je vais présenter rapidement mes "colocataires" :

D'abord, il y a Grégory, 28 ans. Il était concepteur de jeux vidéos en France. Il avait même monté sa boîte, mais son unique jeu a fait un flop et il s'est endetté jusqu'au cou. Sa copine, avec qui il était fiancé, l'a aussitôt largué pour un autre et ses parents lui ont coupé les ponts. Il avait l'intention de se suicider en Nouvelle Calédonie, parce que "clamser au paradis c'est classe". Mais nous nous sommes écrasés dans une autre sorte de paradis, où la réalité ne semble pas vouloir le rattraper. Alors pour le moment, il repousse son suicide à son retour à la civilisation. Il adore parler de ses problèmes, aussi.

Delphine, 26 ans, est également française. Elle est commerciale, je dirais même qu'elle est une apprentie-requine-des-finances. Elle se rendait en Nouvelle Calédonie pour négocier un contrat d'exploitation forestière. Elle est sacrément mignonne, et je me suis empressé de la draguer. Malheureusement, selon ses dires, je suis une "saleté d'anarchiste écolo". Comme elle n'a pas tort, je lui ai répondu qu'elle était "une sale sangsue capitaliste". A part ça, nous nous entendons plutôt bien.

Tsukasa est un comptable japonais qui a pris le vol lors de l'escale à Tokyo. D'après le peu que j'ai compris de ce qu'il m'a baragouiné en anglais (je n'aurais pas dû sécher les cours à la fac), il se rendait en Nouvelle Calédonie parce que son médecin lui avait recommandé une cure contre le stress... Ca a l'air de fonctionner, puisque depuis que nous nous sommes crashés, il ne pense plus du tout aux chiffres. Il déclare avoir rajeuni de dix ans depuis qu'il est ici, ce qui selon moi lui en fait paraître cinquante, alors qu'il doit en avoir une quarantaine à tout casser.

Enfin, il y a Ataï, jeune retraité d'une soixantaine d'années. De lui, je ne sais pas grand chose. C'est le seul de nous cinq qui ait l'air complètement dans son élément ici, et qui ne paraisse pas totalement désorienté. Il m'a juste dit qu'il était d'origine kanak et qu'il retournait au pays, puis comme je ne cessais de le questionner, il m'a raconté tout en souriant l'histoire d'un jeune chien trop curieux qui à la fin se fait lapider par de vieux singes. Ca m'a calmé. Mais il y a un je ne sais quoi chez lui qui me fait penser à un sage.

Et moi... eh bien moi, ben... J'ai 24 ans et je suis un éternel étudiant selon les dires de tous mes proches, plus souvent dans les manifs à me friter contre des CRS qu'en cours. Cette année je m'étais lancé dans la photographie. J'étais sur ce vol parce que j'ai décroché une bourse assez conséquente pour réaliser un reportage photos. J'ai donc acheté tout plein de matériel et je me suis embarqué pour la Nouvelle-Calédonie afin de mener une enquête sur "l'impact de la globalisation sur les coutumes, les rites et les croyances des peuplades indigènes des anciennes colonies françaises du Pacifique".

Je m'appelle Jeze. L'aventure commence.
« Dernière édition: Lun 15 Sep 2008, 19:29 par Lline »
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Réponse #1 Lun 03 Déc 2007, 20:52
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Dimanche 18 février : routine


Je crois que cette fois, tout le monde s'est fait à l'idée que nous allons rester coincés ici, bien peu parlent encore "d'attendre les secours". Les gens se prennent en main, des initiatives fusent de toutes parts. La capacité de l'homme à s'adapter à sa nouvelle situation me surprendra toujours. Il est même question de choisir un chef, mais tout le monde n'y est pas favorable, loin de là. A la rigueur, ceux qui défendent l'idée avec le plus de passion sont ceux qui se voient déjà à la tête de notre groupe de survivants. D'autres évoquent plutôt l'élection un "conseil consultatif et rotatif" plutôt que celle d'un chef.

En ce qui me concerne, je ne vois pas l'utilité de tout cela. Nous jouissons tous pour la première fois de notre vie d'une liberté totale sur cette île, sans les contraintes ni les barrières de la psychose planétaire qui a rendu l'humanité complètement folle. De par notre groupe réduit, chacun peut avoir réellement voix au chapitre. En comparaison, nos soi-disantes démocraties occidentales font figures de régimes totalitaires.

Au sein de notre concession, les taches se sont réparties de manière tacite, et personne n'est mis à l'écart des décisions. Greg et moi avons passé ces dernières journées à améliorer le campement, maintenant nous sommes capables de recueillir l'eau de pluie pour la boire et nous doucher ! A vrai dire, c'est la douche qui nous a demandé le plus de travail, car il a fallu la construire fermée. Greg, Ataï et moi-même ne voyions pas d'inconvénients à nous laver en plein air ; mais Tsukasa et Delphine y ont opposé leur veto, c'est l'inconvénient des décisions prises au consensus !

Finalement, c'est plutôt cool d'avoir une spécialiste des affaires avec soi, car Delphine, en véritable requine des finances, s'est découvert un don inné pour le troc. Parfois, nous la voyons se diriger vers d'autres campements avec des objets sans grande importance, pour revenir avec d'autres qui améliorent considérablement notre quotidien. Hier, elle a embarqué une brosse à dent et quelques barettes à cheveux ; quand elle est revenue 4 heures plus tard, elle nous a ramené un oreiller et un best of de Police, et un autre de Led Zeppelin. Elle ne partage ce qu'elle obtient avec nous que parce que Greg et moi avons aménagé son abri, qu'Ataï est fin cuisinier, et que Tsukasa possède un baladeur et un stock conséquent de piles.

Ataï, nous le voyons peu. Il aime partir à l'aurore pour des expéditions sur l'île, et il ne revient qu'au couchant. Il est même arrivé, il y a trois jours, qu'il passe la nuit dans la jungle. Lorsqu'il rentre au camp, il reste très évasif sur ce qu'il a vu, éludant les questions d'un sourire. On dirait qu'il recherche quelque chose, et ça m'intrigue. Mais il ramène toujours des plantes comestibles, dont ce n'est même pas possible d'imaginer qu'elles sont comestibles quand on les voit. Il entreprend aussitôt de les cuisiner, et il met de côtés d'autres plantes, dont je ne suis pas certain d'avoir bien compris l'utilité.

Tsukasa, lui, ne sert vraiment à RIEN. Il passe ses journées allongé, à se plaindre de douleurs articulaires et de maux de tête, quand ce n'est pas au ventre ou dans les orteils. C'est hier soir j'ai vu Ataï piocher dans sa réserve de plantes, il en a écrasé quelques unes, a dilué la pâte obtenue avec de l'eau, et a donné la mixture obtenue à boire à Tsukasa. Après l'avoir avalée, il est devenu tout vert, a couru dégobiller à quelques mètres de son abri, puis est revenu s'évanouir aussi sec sur sa paillasse. Ce matin, quand il a ouvert les yeux, il n'avait plus mal nulle part. Intrigué, j'ai questionné Ataï avant qu'il ne s'absente pour la journée :

- C'était quoi, au juste, ce médoc que tu lui as donné ?
- Ce n'était pas un médicament, m'a-t-il répondu d'un ton neutre.
- Mais ça l'a guéri, non ?
- Pas exactement.
- Pas exactement ? Hier encore, il n'arrêtait pas de gémir ! Et aujourd'hui, il semble frais comme un gardon.
- Seul un malade peut guérir.
- Euh... Je comprends pas tout là...
- Ce n'est pas grave. L'important, c'est qu'il sache désormais que parfois, le remède est pire que le mal, surtout quand celui-ci est imaginaire.
- ..... Oh, je vois, alors il est hypocondriaque, et ton machin c'était un placebo. Et quel placebo, étant donnée sa réaction.

Ataï a alors marqué une hésitation, avant de se reprendre puis il s'est repris :

- Pas un placebo non plus. Certaines herbes avaient réellement une utilité dans cette préparation.
- Oh ? Et laquelle, s'il ne souffrait en fait d'aucun mal ?
- Elles avaient pour but... de l'ouvrir.

Puis il s'est éloigné vers sa destination inconnue, toujours avec ce sourire à la fois agaçant et envoûtant sur les lèvres, me laissant complètement sur ma faim et dans l'incompréhension la plus totale. Ouvrir Tsukasa ? Mais ça voulait dire quoi, ça ?? C'est n'importe quoi. Assurément, il s'était moqué de moi et j'étais tombé dans le panneau. Suite à quoi, je me suis retrouvé à faire la tête et à bouder toute la matinée, car je déteste qu'on profite de ma naïveté.

En fin de compte, chacun d'entre nous trouve peu à peu ses marques sur l'île, peut-être même Tsukasa en définitive. Car à l'instant même où je termine d'écrire, je le vois se diriger en direction de la lisière, avec l'intention manifeste de ramasser du petit bois pour le feu. Est-ce que c'est de ça qu'Ataï parlait ? Ah, mais non, je dois arrêter avec ça, je ne vois pas comment des plantes pourraient expliquer le changement de comportement de Tsukasa. Là c'est moi qui délire. C'est plutôt la manière musclée d'Ataï qui lui a permis de se rendre compte qu'il était temps qu'il y mette à son tour du sien.

Nous entrons dans une sorte de routine. Comme quoi, on se fait à tout. J'en viendrais presque à regretter qu'il ne se passe quelque chose qui mette un peu de piquant dans l'histoire que nous vivons. Car pour le moment, la paix règne en maîtresse.
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Réponse #2 Jeu 03 Jan 2008, 00:28
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Mardi 20 février : l'oreiller, la chèvre et le saxophone


Comme pour le moment nous n'avons qu'un oreiller et qu'il reste une denrée rare et précieuse, nous avons établi une sorte de planning dimanche soir.
Delphine, en tant que fournisseuse, se l'est approprié la première nuit, et il en sera ainsi tous les dimanche soir.
Après avoir bataillé ferme, j'ai obtenu d'avoir l'oreiller le lundi soir, donc la nuit dernière. Yes ! Trop bien dormi !
Ce soir, c'est Greg qui pourra en profiter ; tant mieux, il profitera aussi de mes poux.
Le mercredi soir, c'est Tsukasa qui les récupérera (l'oreiller et les poux).
Suite à quoi, nous nous sommes faits littéralement bouffer par Delphine la requine qui a réussi à nous arracher le jeudi et le vendredi. "Soyez déjà reconnaissants que je partage avec vous. Et filez vous laver les cheveux !", qu'elle a ajouté.
Et enfin, nous avons attribué le samedi à Ataï. Lui s'est tenu à l'écart de ces décisions pourtant vitales, les jugeant vides de sens, déclamant qu'il n'avait que faire de notre machin mou et que personne ne l'empêcherait de dormir tout contre sa mère la terre.
Sur le moment ça m'a épaté. Je me suis toujours considéré comme écolo et ouvert à la vie sous toutes ses formes, à condition que ça n'aille pas à l'encontre de mon propre confort. J'ai alors cru saisir dans sa réplique une dimension nouvelle, dont je n'avais jamais fait qu'effleurer les contours.
Mais maintenant, je sais que c'est Ataï qui est juste un peu fêlé. S'il ne veut pas de l'oreiller, il y a fort à parier que samedi c'est encore Delphine qui imposera sa dictature sur notre trésor commun ! Ca signifie qu'elle l'aura en sa possession 4 jours d'affilée, et qu'elle sera l'actionnaire majoritaire de l'oreiller ! Et ça, ça me fout les jetons !

Sur l'île, les jours se suivent et se ressemblent. Ataï disparaît à l'aurore et réapparait au crépuscule. Delphine, aussi matinale qu'Ataï, se consacre à ce qui est désormais sa passion : elle entube à longueur de journée ("je me montre très persuasive", dit-elle, "je les convaincs que ce que j'ai à leur proposer améliorera considérablement leur quotidien, et que ce qu'ils me cèdent ne peut en aucune façon leur manquer", mais bien sûr, et la marmotte...). Ensuite s'éveille Tsukasa qui rend tout d'abord visite à la concession voisine, où il a commencé à sympathiser, hier, avec des compatriotes. Enfin, en plein milieu de la matinée, Greg et moi ouvrons enfin les yeux, incommodés par l'agitation ambiante et le soleil qui s'est hissé au dessus de la lisière de la jungle.

Tous, nous vivons comme dans un rêve, ou plutôt comme dans une absence de réalité, ou encore dans une réalité qui serait trop plaisante pour être vraie. Ouais, bon, comme dans un rêve quoi. Je doute qu'il y ait encore une seule personne (je ne parle pas seulement de notre concession, mais de l'ensemble de notre communauté naissante) qui colle encore à notre groupe l'étiquette de "naufragés". C'est tout juste si nous songeant seulement à nous sauver d'ici, et les personnes qui entretiennent les feux sur la plage le font machinalement, surtout afin de se donner bonne conscience. Si j'étais superstitieux, je dirais que l'île est en train de nous envoûter. Mais sans doute est-ce juste que nous continuons à ne pas réaliser ce qui nous arrive.

Tout-à-l'heure, Tsukasa est parti en excursion avec ses amis de la concession voisine ; celle-ci se trouve à seulement 300 mètres de la nôtre. Ils sont cinq également, trois Japonais, un Coréen, et Baptiste, un Français, le seul dont j'ai retenu le nom. Hier, ils avaient passé la journée à construire un vaste enclos, et Tsukasa était allé leur prêter un coup de main. Aujourd'hui, afin de le peupler, ils ont l'intention de capturer des chèvres des montagnes. Complètement fêlés aussi, ces gars là. Et s'ils tombaient sur un ours, hein ?

Mais l'évènement du jour, c'est un convoi de survivants formé sur le tas qui s'est rendu sur le site du crash, afin de ramener dans la clairière toutes les bagages et affaires restées dans la soute de l'avion. Une excellente initiative, car Greg et moi faisions partis de ceux qui n'avaient pas encore tout récupérer, et nous avions réellement la flemme d'y redescendre. Et de toutes façons, quand nous nous sommes réveillés, le groupe de volontaires était déjà parti...
Au moins, le chemin jusqu'au centre de la clairière est plus court. Nous nous y sommes rendus tout en ragottant et en riant de la tyrannie de Delphine, des idées farfelues de Tsukasa et ses potes, et de l'excentricité d'Ataï. Deux vraies commères. Soudain, lorsque le tas de bagages rassemblées est apparu à notre vue, Greg s'est écrié :

- Elle est là ! Elle est vraiment là ! Ah ah, elle a survécu !

Et il s'est mis à trottiner vers le tas de bagages diverses. Je l'ai rapidement rejoint, intrigué, me demandant qui donc faisait l'objet de tant d'enthousiasme. Et de le retrouver en train de serrer contre lui un étui. Et de m'écrier à mon tour :

- Quoi, c'est une guitare ?! C'est pour une guitare que tu t'inquiétais ?
- Eh bien quoi ? Je l'aime, moi, ma guitare ! C'est toute ma vie, cette guitare ! Et elle, au moins, elle m'a jamais plaqué ! Alors ne critique pas, s'il te plaît !
- Oh, attends, c'est pas ce que je voulais dire, excuse-moi ! Je suis comme toi : sans mon saxo, je ne suis plus rien ! Attends juste que je mette la main dessus, et tu verras les impros de ouf qu'on pourra se faire !
- Quoi, tu joues du saxo ? Classe ! J'ai hâte qu'on s'y mette.

Je m'apprêtais à lui répondre qu'il avait intérêt à être au top avec sa gratte, lorsqu'une jeune Asiatique qui nous écoutait depuis un moment en profita pour me couper sec, dans un français presque sans accent :

- Si vous vous souciez tant de vos instruments, il y a deux semaines que vous les auriez récupéré vous-mêmes dans la soute.

Je crois que jamais l'expression "rester bouche bée" n'a eu autant de signification pour moi qu'à ce moment là. Et le temps que je songe seulement à trouver une réponse et à la formuler, elle était déjà partie depuis belle lurette. Je me suis tourné vers Greg :

- Waouh. Tu sais qui c'est celle là ?
- Pourquoi ? Tu as le coup de foudre ?
- Mais non, n'impore quoi, alors tu sais qui c'est ?
- Je ne sais pas son nom, mais c'est elle qui est à l'initiative du groupe qui est allé chercher les bagages. Elle est infirmière.
- Hein ? T'es sûr de ça ? Je croyais que c'était une des hôtesses de l'air...
- Alors toi, tu vois une jolie fille, c'est forcément une hôtesse de l'air !
- Ben, dans le genre fantasme, infirmière c'est pas tellement mieux...
- Mais moi, je ne raconte pas n'importe quoi ! Il paraît même qu'elle veut monter une sorte de dispensaire, pour rassembler les médocs et avoir un lieu où donner les premiers soins, au cas où. Tu vois ?
- Ok, ok, je te crois... Ah, j'aperçois l'étui de mon saxo, derrière ce gros sac rose ! Bon, alors, on se fait un boeuf ?

Parfois, il vaut mieux savoir passer du coq à l'âne. D'ailleurs, fini l'écriture pour ce soir, je suis en train de me bousiller les yeux en me concentrant à la lumière de la Lune. C'est fou ce qu'il fait nuit tôt sur cette île, enfin en même temps on est sous les tropiques, c'est pas étonnant... Je devrais peut-être me lever avec les autres si je veux profiter au maximum de l'ensoleillement. A demain pour de nouvelles aventures palpitantes.
« Dernière édition: Jeu 03 Jan 2008, 12:10 par Jezekel »
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Réponse #3 Mar 15 Jan 2008, 02:28
Jezekel
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Aujourd'hui, clin d'oeil à Gzu et à Ad'. ;)



Jeudi 22 février, matin : rêves d'anthropophages et bibliothèque.


Et voilà, j'essaie de m'en tenir aux "bonnes résolutions" d'avant-hier : me lever suffisamment tôt pour profiter pleinement de l'ensoleillement, et mettre à profit le temps ainsi gagné pour relater la journée de la veille. Du coup, se sentant abandonné, Greg s'est levé en même temps que moi, tout en maugréant que je ne suis qu'un sale lâcheur. A présent il ne cesse d'essayer de lire par dessus mon épaule. Greg, dégage, il n'y a rien à voir ! Tu n'as qu'à écrire ton propre journal ! Et en plus, il me répond qu'il y songe... Irrécupérable, ce type.

Pour la première fois, j'ai pu voir Delphine et Ataï avant qu'ils n'aillent vaquer à leurs occupations respectives. Et à part ramasser des plantes, je me demande bien quelles sont celles d'Ataï. Quant à Tsukasa, c'était son tour d'oreiller, et aujourd'hui il sera le dernier à se réveiller. Après deux journées à courir après les chèvres dans la montagne, pas étonnant qu'il soit HS.



Tout à l'heure, Greg et Delphine se sont rendus compte d'un truc intriguant, tandis que nous épluchions des mangues pour notre petit-déjeuner. Tous deux ont fait cette nuit un rêve très semblable.

- Mon rêve, a commencé Greg, ressemblait étrangement à ce que nous vivons ici. Mais en beaucoup plus noir et glauque, puisque dans mon rêve, il n'y avait que vingt survivants à l'accident. Et ça allait même...

A ce moment là, Delphine a eu un hoquet de surprise.

- Ca alors, j'ai fait exactement le même rêve ! Il y avait également 20 survivants à notre crash ! Des survivants qui s'entre-dévoraient la nuit et se lapidaient le jour... une horreur ! Beurk, c'est bien la première fois que je fais un rêve pareil, je ne me croyais pas capable d'imaginer ce genre d'âneries.
- Tout à fait, il y avait des anthropophages ! J'ai déjà fait des rêves tordus, mais jamais qui ne me soient parus aussi réels... Le pire, c'était que j'étais un de ces cannibales... Je m'appelais Bosco et j'étais un espèce de vieux marin breton avec pipe et béret - sans vouloir t'offenser, Jeze - et j'essayais d'entortiller tout le monde... Il y avait aussi un Russe imbibé de vodka qui disait tout le temps Dovoï et un espèce d'Américain casse-cou qui vendait les âmes des survivants au diable... étrange, non ?
- Dans le mien, je m'appellais Ortie. J'étais... une sorcière, je crois... et maintenant que j'y repense, nous ne nous sommes pas écrasés sur une île, mais nous y sommes arrivés par le biais d'un objet magique. C'était un peu comme dans les bouquins pour les mioches là... Larry Parker...
- Harry Potter... et puis, ce n'est pas que pour les gamins... a grommelé Greg.
- Oui, voilà, Gary Botteur. Un truc pas rationnel pour deux sous, donc sans intérêt. Tout comme mon rêve, d'aillleurs, je sais même pas pourquoi j'en parle. Je changeais les couleurs de mes jupes en tournant sur moi-même et je m'étais éprise d'un allumé binoclard passionné par les frênes et autres végétaux stupides. Il y avait aussi des cannibales et un vieux, mais il ne s'appelait pas Bosco, et il ne faisait même pas partie des cannibales. Par contre il se faisait envoûter par un espèce de shaman démoniaque. Complètement débile, ce rêve. Je ferais mieux de l'oublier au plus vite.
- Finalement, ce n'était pas exactement les même rêves... Dans le mien, il n'y avait ni magie ni sorciers, mis à part...
- Je m'en fous, a répliqué Delphine. Je ne veux plus en parler, ni en entendre parler.

Il faut quand même avouer que c'est plutôt étrange. En ce qui me concerne, je n'ai pas encore fait de rêves aussi tarabiscotés, en revanche je rêve régulièrement de korrigans et d'escargots. Voilà une journée qui s'annonce une fois de plus bien animée.



La journée de mercredi, dans son genre, n'a pas été mal non plus. Dans les environs de midi, Tsukasa et sa petite bande de la concession voisine sont revenus de leur deuxième journée d'expédition dans la montagne, et ô miracle, je ne l'aurais jamais cru, ils ont réussi à capturer une première chèvre vivante pour leur enclos !
Du coup, ils nous ont invité Delphine, Greg et moi à fêter leur victoire autour d'un bon festin, et à assister au baptême de la chèvre. Non mais j'vous jure, baptiser une chèvre... Mais au moins ça a été l'occasion de mieux connaître nos voisins. Et malgré mon Anglais approximatif, je pense avoir saisi l'essentiel de la conversation.

Il y a donc Baptiste, dont j'ai déjà parlé, qui était chanteur dans un groupe de rock strasbourgeois ; il allait rendre visite à sa copine, avec qui il doit se marier bientôt, qui vit à Nouméa. Les couples qui parviennent à entretenir leur relation à distance de cette manière, ça m'a toujours épaté. Mais si sa copine le croit mort à présent, ça m'étonnerait qu'elle l'attende encore longtemps.
Les Kaji sont deux soeurs et un frère japonais. Lui s'appelle Hito, il est le plus jeune des trois, et étudiant en histoire ; il s'intéresse notamment, pour sa thèse, aux vestiges des anciennes civilisations du Pacifique. Ce qui constitue la raison d'être de son voyage. Ses deux soeurs avaient décidé de l'accompagner afin de s'offrir quelques vacances. La cadette, Nami, est géographe ou géologue, je n'ai pas bien compris. Quant à l'aînée, Meiko, elle enseigne le Japonais dans un collège d'Osaka.
Et enfin, il y a le Coréen, Woo, qui bosse pour une compagnie d'assurances. Sans oublier le chat qui s'appelle Nao. Et maintenant, la chèvre, qu'ils ont baptisé Blandine.



Un peu plus tard, dans l'après-midi, alors que je me trouvais seul dans la concession, j'ai reçu une visite un peu particulière. J'avais déjà aperçu cette fille dans l'avion durant le vol, et à maintes reprises depuis que nous nous sommes écrasés ; comment ne pas la remarquer ? Il s'agit d'une jeune fille qui est, manifestement, handicapée. Quand je l'ai vu s'approcher, j'osais à peine la regarder, j'ignorais si je devais me préparer à la recevoir ou si elle était simplement en train de se promener.

Sa démarche est effrayante : ses genoux sont arqués vers l'intérieur et se font presque face, de même ses pieds sont tournés comme si elle s'apprêtait à descendre une piste en chasse-neige... A chaque pas qu'elle effectue, on a le sentiment qu'elle est en train de tomber la tête la première, et ses bras partent régulièrement dans tous les sens. De même, son visage est déformé en permanence par une sorte de rictus, et elle a un regard qui louche toujours un peu. D'emblée, je me suis senti mal à l'aise.

Lorsqu'elle s'est adressée à moi une première fois, je n'ai absolument rien compris. Les sons paraissaient sortir complètement déformés de sa bouche, et elle prononçait les consonnes avec difficulté. Je n'ai pas pu m'empêcher d'écarquiller les yeux. Elle s'est alors répétée, s'efforçant d'articuler. J'ai cru alors deviner qu'elle me disait bonjour. Je lui ai répondu de même, sur un ton hésitant, et elle a secoué la tête, apparemment satisfaite.

Ne sachant trop comment poursuivre, je me suis alors présenté à elle, sans vraiment réussir à dissimuler mon malaise. A son tour, elle m'a dit son prénom, mais une nouvelle fois, malgré toute ma bonne volonté, j'ai dû la faire répéter.

- Gwen ? ai-je demandé, après qu'elle se soit effectuée. Elle a secoué la tête négativement. De nouveau un son informe.
- Claire ? ai-je retenté. Cette fois, elle a eu un geste d'agacement, avant de se lancer dans une nouvelle tentative.
- Clem ? ai-je dit à tout hasard, espérant ne pas me tromper cette fois. Manifestement c'était ça, car un grand sourire (si j'ose dire) est venu orner son visage.

Alors la discussion a pu s'amorcer un peu plus naturellement. D'accord, je lui faisais encore répéter quasiment chaque phrase, mais malgré tout mon oreille s'habituait petit à petit à ses intonations si particulières. Et j'épargnerai désormais dans ma retranscription toutes les répétitions.

Dans un premier temps, afin d'être sûr qu'elle me comprenne bien, j'ai essayé moi aussi de bien articuler mes syllabes, mais je crois que j'ai commis une légère gaffe :

- ET-QU'EST-CE-QUE-JE-PEUX-FAI-RE-POUR-TOI-CLEM ?
- Je suis peut-être handicapée, mais je ne suis ni débile ni sourde ! C'est pas la peine de me parler comme ça !
- Ah ! Euh... je... pardon. Je croyais que... enfin, non, je veux dire que... je ne croyais pas que... mais que... c'est que... hem.
- Pas grave, oublie ça. J'ai l'habitude.

Il m'a néanmoins paru qu'il y avait beaucoup d'amertume dans son expression. J'ai donc essayé de me rattraper.

- Et donc, Clem... euh... je peux t'aider en quelque chose ?
- Je recherche des livres, de toutes sortes. Je fais le tour des campements pour demander aux gens s'ils veulent bien me donner les leur.
- Quoi ? Tu... Tu veux récupérer tous les bouquins de l'île ? Mais pour quoi faire ?
- Une bibliothèque, bien sûr.

Je suis resté un moment interdit, tant sa réponse m'a pris au dépourvu.

- Quoi ??
- J'ai dit : une bibliot...
- Non, non, j'ai bien compris, mais... Une bibliothèque ??
- Oui, pourquoi ça t'étonne autant ?
- Je... je ne vois pas l'intérêt, c'est tout.
- Les gens disent qu'on risque de rester ici longtemps. Ils s'organisent tous. Ils peuvent construire, chasser, pêcher. Ils sont valides, eux. Moi je ne peux rien de tout ça. Si je ne trouve pas comment être utile sur l'île, je vais vite devenir un poids pour tous. Je ne veux pas de ça. Mais si des gens veulent bien m'aider au début, je peux rassembler tous les livres de l'île et construire une bibliothèque. Tous les livres que les passagers avaient embarqué dans leurs bagages. Si on vient nous chercher, je leur rendrai, bien sûr. Mais en attendant, je pourrais les mettre à la disposition de tout le monde. Leur prêter quand ils auront envie de lire quelque chose, pour se distraire. Malgré mon handicap, je suis tout à fait capable de gérer une bibliothèque. J'ai suivi une formation. Mon handicap n'est pas un problème. Je peux le dépasser.

Je crois que la lueur de fierté et de courage que j'ai lu alors dans son regard m'a empêché de lui opposer le moindre contre-argument. Après tout, pouvoir emprunter des livres quand on a envie de passer le temps sur une île, pourquoi pas ? Ce n'est pas plus idiot que de mettre des chèvres dans un enclos et de les baptiser. Et avant même d'avoir eu le temps de réfléchir, je lui ai offert mes services :

- C'est d'accord, Clem. Nous en avons quelques-uns ici, je pense que les autres seront d'accord pour s'en séparer jusqu'à l'arrivée des secours. Pour Delphine, c'est un peu plus délicat, mais je pourrai les lui piquer en douce. Mise au pied du mur, je ne pense pas qu'elle reviendra te les reprendre. Si tu veux, je peux même t'aider à la construire, ta bibliothèque.

Son expression s'est alors littéralement illuminée, c'était comme si je venais de lui offrir tout l'or de la terre.

- C'est vrai ? Tu viendras m'aider à la construire ? Merci ! Merci beaucoup ! Tu pourras aussi m'apporter tes livres directement à mon campement ? Je ne peux pas les transporter moi-même jusque chez moi. J'arrive seulement à en saisir un dans chaque main, et les sacs sont trop lourds, ils me font perdre l'équilibre. Tu n'es pas obligé de les apporter aujourd'hui, mais quand tu auras envie. D'accord ?
- Euh... oui, oui d'accord. Promis.

J'aurais été de toutes manières bien en peine de lui refuser quoi que ce soit, tant elle mettait d'espoir dans la réalisation de son projet. Et maintenant que je lui ai promis, je ne vais certainement pas me désister. L'unique souci, c'est que je n'ai pas la plus petite idée de la manière dont on bâtit une bibliothèque !
I'd rather be a sparrow than a snail
Yes I would, if I could, I surely would...
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