Le jeu 650 km

650km : Le Forum
Mer 19 Sep 2018, 20:52 *
Bienvenue. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Nouvelles:
News du 30/08/2018
Avis à tous les survivants!

Salut à tous, l'équipe de 650km à décider d vous laisser un peu plus de tps de jeu en retardant la fermeture de celui-ci pour une durée encore indéterminée suites à vos demandes
Nous vous souhaitons donc un bon jeu !

Échouez-vous avec nous dans notre nouveau canal discord dédié à 650km!
Cliquez sur le lien suivant et rejoignez-nous! https://discord.gg/SqxZ6HX


Une question sur le jeu ? Consultez le :
Merci de consulter les Règles du Forum avant toute participation.
Pages: [1] 2   Bas de page
Imprimer
Auteur Discussion: [Journal] La Raison de Vivre  (Lu 27774 fois)
Lun 25 Août 2008, 17:50
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
~ La Raison de Vivre ~



Pour ce journal, les comptes utilisés sont Mrpolins, Lucas Reeves, Nathalie F,   Marie Dupont et Isobel.

Citation de: Références (Mrpolins)
- Le bateau ivre - Arthur Rimbaud. Poème.
- Le mal ne saurait seul venir - Rutebeuf. Poème.
- Iles... - Blaise Cendrars. Poème.
- Bachelorette - Björk. Chanson.
- Ils cassent le monde - Boris Vian. Poème.
- Madame rêve - Alain Bashung. Chanson.
- La Colonie - Marivaux. Pièce de théâtre.
- Venus - Alain Bashung. Chanson.
- Aucun Express - Alain Bashung. Chanson.
- Redemption Song - Bob Marley. Chanson.
- Girls just wanna have fun - Cindy Lauper. Chanson.

Citation de: Journal de Lucas Reeves
- Première page
- Autour de moi [Ulysse - Ridan]
- Tout ira bien [The Killers - Everything will be alright]
- Is it the hoodoo? [David Bowie - Let's dance!]
- Marie [La Ceinture - Elodie Frégé]
- Camouflage [Another Brick in the Wall - Pink Floyd]
- L'âme de l'île [Somewhere over the rainbow... - Iz]
- Il parle! [Talijanska - Goran Bregovic]
- Un enterrement [The last day of summer - The Cure]
- Se voiler la face [Human - The Killers]
- Le tournant que prennent les choses [Elle panique  Olivia Ruiz]
- Détente [Repenti - Renan Luce]
- La fin du monde [Time to pretend - MGMT]
- Bannis [Happy Ending - Mika]
- Who I am... [Losing my religion - R.E.M.]
- Un nouvel espoir [Hips don't lie - Shakira & Wyclef Jean]
- Cinquante-deux jours plus tard... [Riverside - Agnes Obel]

Citation de: Journal de Nathalie F
- Page 78: Double-culpabilité?
- Page 82: L'île des suicides
- Page 88: Nouvelle vie
- Page 89: Retrouvailles au milieu des ruines

Citation de: Journal de Marie Dupont
- Bout de papier.
- Étrange visite au crépuscule [Beds are burning - Midnight Oil]
- Seule? [Pull marine - Isabelle Adjani]

Citation de: Les actions d'Isobel
- Soixante-dix-neuvième jour
- Cent-deuxième jour

Les chansons (en lien) qui sont citées
sont destinées à être écoutées avant ou pendant la lecture de la page.

Bienvenue dans l'histoire de Lucas, qui (re)commença un 14 mai...
Bonne lecture!
« Dernière édition: Sam 10 Mar 2012, 16:13 par Mrpolins »
Réponse #1 Mar 20 Avr 2010, 20:57
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
*clang clang clang*
S'il vous plait madame, votre sac dans le bac, nous allons l'observer.
Euh... oui.
*chang glan glan duu glan glan duu*
Ça paraît bon, tu peux lui redonner.
Merci!
Dépêche-toi Marie, on n'a pas que cela à faire, je te rappelle...
Encore et toujours stressé, hein?
Humpf, c'est vrai que la situation ne prête pas du tout au stress!
... Oh! Excuse moi!
Ce n'est rien, Marie! Tu sais bien que je ne m'offusque pas de ton petit minois narquois!
*rires*
Oooh que de gentillesse!
Oui oui mais... Merde!
Quoi?... Que... ouhla vite!
*clap clap clap clap*
Madame, s'il vous plait, nous sommes dans cet avion!
Ah bon? Bah faudra songer à se dépêcher la prochaine fois! Allez-y, vous avez ben de la chance...



*** ***


Quelques minutes plus tard, nous étions enfin à bord. Cette fois, nous avions eu de la chance, mais il s'en était fallu de peu. Marie prit deux chewing-gums de son sac, m'en donna un et croqua dans l'autre. Après quoi, elle me prit la main et me fit un sourire.

Ah, ce sourire là! A chaque fois qu'elle me le faisait, je me croyais au premier jour, au jour où on s'était rencontrés. Après quelques instants à se regarder avec un air sûrement mièvre, nous fûmes interrompus: l'avion s'était mis à vibrer terriblement, et on n'entendait presque plus tellement le bruit que faisait l'appareil était grand.

Quelques instants plus tard, l'appareil décolait...

Je ne le savais pas, moi qui était tout occupé à ressentir l'avion qui se séparait de la terre, mais une nouvelle vie commençait, une vie plus difficile que celle que j'avais toujours vécue.
« Dernière édition: Mer 28 Juil 2010, 17:46 par Mrpolins »
Réponse #2 Mer 21 Avr 2010, 17:26
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
PARTIE I







Premier Jour.
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.



Quelques instants plus tard...

#Elle le regarda avec admiration et se mit à rire.... Il ne dit rien. Elle vint près de lui et de ses petits doigts lui caressa les cheveux. Elle s'agenouilla, lui baisant les mains.... Il les retira, pris d'un frémissement.

Il se dressa soudain et marcha vers la...#

Soudain, l'appareil eut un soubresaut. Je décrochai de mon livre et regardai aux alentours. Tout le monde affaichait un air surpris. Je n'eus même pas le temps de retourner dans mon livre qu'une série de turbulences d'une dizaine de secondes secoua l'avion.

Marie me dit d'un air échevelé:

- J'espère que ça ne va pas continuer, on doit être à la moitié du trajet, ça va être l'enfer!

Encore une fois, je n'eus le temps de ne rien dire et de ne rien faire. Ma perception du monde avait changé, et je ne savais plus où était le bas du haut, car la carlingue de l'avion était si secouée qu'elle semblait faire des tours sur elle-même...

Soudain, une vision brève d'un hublot me fit comprendre que nous chutions à une vitessevertigineuse. Le ciel n'était plus qu'un rideau noir dans lequel nous nous séparions trop vite, beaucoup trop vite.

*Pourvu que ça se stabilise!*

Soudain, et comme si le ciel avait entendu ma prière, l'avion se stabilisa. Il y eut un silence durant lequel je soupirais de soulagement. Et tout à coup, un craquement morbide se fit entendre et l'avion se sépara en deux. Nous étions dans la partie arrière qui sembla ensuite se plaquer contre la surface terrestre.

Une femme qui était devant moi hurla:

- Oh mon dieu! On va tout droit dans l'eau!!

La dernière chose que j'entendis, c'était Marie, qui tout en serrant ma main, psalmodiait une prière, dont l'utilité était moindre dans cette situation...

La dernière chose que je sentis, c'était sa main qui quittait la mienne alors que l'avion s'écrasait contre une surface plane... l'océan.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:41 par Mrpolins »
Réponse #3 Dim 25 Avr 2010, 19:38
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Second Jour.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.



J’ouvris les yeux et regardais alentour. Une île. Face à l’océan. Je me relevais et sentis une douleur fulgurante à ma jambe qui me fit chuter à terre. J’avais un énorme hématome, mais rien de bien grave en comparaison avec la déchirure de ma main, où du sable avait pénétré. Je me relevai lentement puis balayai un regard aux alentours.

La vision qui s'offrait à moi était horrible et pourtant magnifique. J'étais sur une île, et autour de moi, il n'y avait rien que la nature... Je me souvins de m'être extirpé de ce qui restait de l'avion, d'avoir nagé, et de m'être à nouveau évanoui.

Il n’y avait que moi ici. Peut-être Marie était quand même sur l’île, rejetée par l’océan tout comme moi. J’eus soudain un terrible sentiment de nostalgie, en pensant à ma bien aimée, cette fille intelligente, belle et si joyeuse. Elle avait su me réconforter si souvent…

Je m’avançais vers un cocotier et ramassai un de ses fruits ; je le tenais dans mes mains, et me rappelai pourquoi j’avais pris avec Marie ce maudit avion. Mon père était mort d’un infarctus, car il n’avait pas suivi les conseils de son médecins, comme à son habitude… Il avait abusé de la nourriture et ça l’a tué. Les obsèques devaient se faire à Miami.

J'eus une brève pensée pour ma famille qui devait m'attendre. Quel jour était-on? Combien de temps s'était passé depuis le crash? Impossible à dire...

Un poème le dit : Une catastrophe s’accompagne toujours d’une autre catastrophe… Quelque chose comme cela. Ah oui, c’est « Le mal ne saurait seul venir ». Je récitais dans ma tête une partie du poème signé Rutebeuf…


Le mal ne saurait seul venir :
Tout ce qui me devait venir
M’est advenu.
Que sont mes amis advenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois qu’ils sont trop clairsemés
Ils ne furent pas bien semés
Et ont faillis.
De tes amis m’ont mal servis,
Tandis que Dieu m’a assaillis
De tous les côtés,
N’en vit un seul en mon hosté…
Je crois que le vent les m’a ôtés.

Le hosté signifiait la maison, il me semble… Hélas je n’arrivais plus à me souvenir de la suite. Je m'énervai et dis à voix haute :

- Eh bien Lucas, un digne professeur de la plus prestigieuse faculté de lettres de France ne retrouve plus la fin de Rutebeuf? Comment est-ce possible?

Mon ton était amusé, mais je me sentais profondément anxieux.

Je m’arrêtais car mon ventre criait famine. Je brisai la noix de coco contre le cocotier dont le tronc était dur. Ce mouvement réveilla intensément la douleur à la main. J’émis un petit cri,les larmes me montant aux yeux. Puis quand la douleur se calma, je goûtais le lait délicieux puis la chair même de ce merveilleux fruit.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:40 par Mrpolins »
Réponse #4 Mar 04 Mai 2010, 15:10
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Second Jour.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.



Le fruit était vraiment savoureux quoiqu’un peu noirci par la pourriture à certains endroits de la coque. Je mangeais face à l’océan, seul. Il n’y avait rien. Je pensais à un autre poème, qui celui-ci était on ne peut moins approprié. Je le récitais aussi, cela m’était rassurant.

Îles
Îles où l’on ne prendra jamais terre
Îles où l’on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétation
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car
Je voudrais bien aller jusqu’à vous.

Je voulais plus que tout remonter à bord de ce bateau, ici de cet avion, me retrouver avec Marie. Je rangeais ces sombres pensées et me décidai à soigner ma plaie: j’allais la nettoyer dans l’océan. L’eau salée semblait la brûler, la rouvrir encore plus... Ensuite, je bandai cette blessure avec un morceau de ma veste en soie noire. Du sang coulait…

Je décidai ensuite de longer la plage par la gauche, pour voir des traces éventuelles de survivants au crash. Le soleil tapait sur ma nuque, et je sentais ma température augmenter. Il devait être aux alentours de midi, car il était au zénith.

Au bout d’environ une heure j’aperçus quelque chose. Je courrai malgré les douleurs de ma jambe et vis qu'il y avait un morceau de l’avion échoué sur le sable. Il contenait plein de victuailles et je compris que ce devait une partie de l'avion où des en-cas étaient entreposés. Je pris un sac à dos, que je remplis de bouteilles d’eau de chips, de fruits et de barres de chocolat. Je mangeai avidement une pomme. Le goût acide me fit frissonner de plaisir...

Je pris un gros sac en plastique dans lequel je posai ce qui restait. Il y avait également un couteau suisse…

Après cela, je repartis chargé de mes victuailles chercher quelqu’un avec qui les partager… Le soleil était toujours aussi chaud, mais le temps avait passé.

Et plusieurs heures, pensais-je, je vis enfin des traces de pas que je voulais tant dans le sable. Des marques s’enfonçant dans la jungle. Ces empreintes étaient assez précises, on avait dû marcher ici il y avait peu de temps.

Je m'enfonçai doc dans cette jungle... Cette jungle luxuriante. Or, jungle luxuriante signifie jungle dangereuse. Je marchais aussi vite que ma jambe endolorie me le permettait, en essayant de rattraper les traces.

La lumière avait décru rapidement, et quand je m'aperçus que la nuit s'était installée, je m'arrêtais.

*Il faudra que je me fasse une torche demain soir et je pourrai rattraper les traces. Peut-être est-ce Marie. Peut-être sont-ils plusieurs.*

A moins que tout cela soit fini, ou que tout cela soit un rêve... Un cauchemar.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:41 par Mrpolins »
Réponse #5 Mar 11 Mai 2010, 14:35
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Je suis là, en toi.
Quand je dors, tu ne me sens pas.
Quand je me réveille, tu me perçois.
Quand je veux diriger, tu me comprends.

La face s'efface, se reforme.
Il y a des bulles, il y a des ombres, il y a des remous.
Et cela cesse.

Il chute, il chute, dans le Grand Trou.
Le terrier est sombre, impossible de voir.
Mais pourtant, une effusion de couleurs paraît.
Tchak.

Il y avait un blocage, qui soudain n'est plus.
La barrière a cédé, et l'île apparaît.
Il descend du ciel, il plane.

Un nuage, un oiseau, un ballon.
Et paf! la fin est là.

*

Pourtant, un jour,
Un jour, il faudra se réveiller.
Un jour, il faudra affronter le présent.
Et il est impossible de ne pas essayer.
Il est temps d'y aller.


Réponse #6 Jeu 20 Mai 2010, 17:19
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Troisième Jour.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !



Je me réveillai sur un bruissement dans les feuillages. Mon sommeil avait été profond, et je ne pensais ne pas avoir rêvé. Je regardai au-dessus de moi. Magnifique. Des arbres, des lianes, des fruits. Je crus même apercevoir un long serpent voluptueux!

Ma main me rappela à la réalité. J’enlevai mon bandage imbibé de sang pour en refaire un autre. Puis je mangeais une barre de céréale ainsi qu’un bout de chocolat, accompagné de mon eau. Le temps était très sec, et il faisait déjà très chaud.

Je retrouvai les traces et recommençai la marche dans cette jungle. Peut-être n’y avait-il personne ici et que ces traces n’étaient qu’un sanglier ou quelqu’un mort depuis longtemps. L’angoisse s’insinuait, sournoise. Je ne pouvais me détacher de cette pensée. Je marchai ainsi toute la journée, m’arrêtant parfois pour grignoter. Ma chemise me collait à la peau, si bien que je me mis torse nu. Je faisais une torche avec des allumettes, du bois et un peu de tissu récupéré sur l’avion, alors que le soleil tombait : je continuais. Ma main me lançait, je perdais du sang…  La nuit s’en alla. Le jour vint et moi, fatigué, je vis la jungle se transformer en collines assez pentues. Un moment, je trouvai une rivière que je longeai. Les pas menaient vers une source. Je ne voulus pas m’arrêter mais bus dedans et me baignai tant j'avais chaud. Puis je m’allongeai gagné par le sommeil…



Le lendemain, des nuages étaient présents et la température avait légèrement baissé. Néanmoins, je transpirais et ma tête me tournait. Je me rhabillai, mangeai quelque peu et traversai la source. Je marchai à nouveau toute la journée et continuai cette nuit-là. Je me sentais d'excellente humeur, sans pour autant savoir pourquoi. Mais à un moment, je me rendis compte en écartant des branches de mon chemin que ma main ne me faisait plus souffrir. Après une courte analyse, je conclus que la plaie de la veille avait disparue! Et ma jambe n'avait plus d'hématome.

Je repartis de bon cœur, en me disant que la chance, quel qu'elle soit, m'avait souri, et que peut-être cela continuerait encore un peu...


*** ***


Une fine averse tombait sur mes épaules. J'accélérai le pas malgré le manque de sommeil. Il faisait toujours nuit, et je voulais me poser et dormir, mais j'avais peur de tomber sur un animal sauvage...

Tout à coup, je butai contre quelque chose. Ma torche tomba et s'étteignit. Cette chose bougeait à peine, mais en me penchant, je compris que c'était une femme, qui apparemment dormait.

Les traces de pas s'étaient arrêtés! J'avais enfin trouvé ceux que je cherchais! Car il semblait y avoir plusieurs personnes. Je m’allongeai à côté des individus. Gagné par la nausée, et un mal de ventre que je n'avais auparavant pas laissé s'exprimer, je m'endormis...
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:42 par Mrpolins »
Réponse #7 Mer 28 Juil 2010, 15:31
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Onzième Jour.
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.


Je me réveillai. Non pas par les maux de tête. Non pas par les douleurs à ma main. Par des voix. Des voix? Je ne me rappelais pas avoir déjà entendu de voix ici... Et soudain, je me rappelais ce qui s'était passé, la veille. Enfin, je croyais que c'était la veille.

Que c'était rassurant d'entendre des voix autour de moi! Je ne faisais pas attention à ce qui se disait, je ne voulais que les entendre. C'était comme un chant qui coulait contre mes oreilles. Au bout de quelques secondes durant lesquelles je n'avais pas bougé, je décidai de me lever pour faire connaissance. J'eus une nouvelle pensée pour Marie, mais je sentais qu'elle n'était pas là: sinon, elle serait à mes côtés, au lieu de parler avec les autres inconnus...


*** ***


- Venez voir ! chuchota une voix féminine. Il est bien de retour !

- Attache le Nathalie! On ne sait jamais.

Mes poignets se joignirent par une corde. J'ouvris doucement les yeux et regardai. Ils étaient trois. Un homme et deux femmes. L’homme était musclé, brun, et son corps était parsemé de nombreuses entailles. Je remarquai que sa barbe avait déjà poussé, et je passai la paume de ma main contre mes joues... La mienne était aussi bien longue. Plusieurs jours s'étaient écoulés...

Une femme paraissait faible mais assez grande, aux cheveux blonds bouclés et aux yeux bleus, alors que l’autre était plus développée, ses cheveux bruns, sales dans un chignon. L’homme s’approcha et me dit doucement:

- Salut, toi! Je crois bien que tu nous as suivi jusque ici et… tu as de la chance. Tu étais entre la vie et la mort... Tu as dormi pendant pendant six longs jours! Tu délirais dans ton sommeil. Katia t’a soigné à l’aide de baumes; tu lui dois la vie, ajouta-t-il avec un sourire. Je suis Michaël, voici donc Katia (il désigna la femme aux allures faibles) et Nathalie (l’autre femme).

Katia s’avança et me dit avec prudence:

- On voudrait te poser des questions, et après on te détachera… Tu n’as pas mal ?

Je regardais ma main où la blessure avait été profonde, puis dis avec un sourire:

- Ça va!

- Pourquoi nous as-tu suivi? Cela faisait combien de temps que tu es ici?
demanda Nathalie.

- Je vous ai suivi car j’étais seul, je m’étais crashé du vol Paris à Miami.

- Comme nous,
dit Michaël, magnifestement soulagé. On a eu peur que tu sois quelqu'un qui était déjà là... Arrivé sur l'île avant nous. Nous devons repartir dès aujourd’hui vers la grotte, vers l’ouest. Nous avons reçu un jour, une lettre, alors que nous dormions. Tous nos amis sont apparement dans une grotte assez spacieuse qui longe un grand lac dans l’île. Nous ne savons pas ce qu’ils deviennent mais nous avons une carte.



*** ***


Nous partîmes après un repas frugal, La jungle était plus épaisse et le temps était humide. Si bien que la pluie ne tarda pas à s’emparer de l’île… Je ne faisais que de penser à Marie qui était peut-être à la grotte, en sécurité.

*Oui, elle y sera!*
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:42 par Mrpolins »
Réponse #8 Mer 28 Juil 2010, 17:44
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Onzième Jour.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;



Nous progressions le plus rapidement possible. Nathalie et Katia se regardaient souvent, le temps de parler un peu à voix basse. Nous étions tous très motivés, nous avions tous très envie d'y aller. Nous débouchions dans les belles collines ondulées, mangions. Puis nous reprenions le chemin. Les collines se tassaient puis nous fûmes dans une grande plaine. Nous voyions au loin un endroit plus sombre. D'après la carte, les marais. Quand la nuit nous assaillit, nous étions las d'avoir tant parcouru de kilomètres... Après, nous entrerions dans les marais, pour déboucher dans les montagnes, où se terrait la grotte...

Je marchais en pensant à Marie, mais le paysage me happait un peu plus chaque jour. La beauté sauvage qui s'en dégageait m'hypnotisait presque totalement. L'île paraissait dangereuse. J'étais sûr qu'elle recelait de grands secrets, et j'avais une grande envie de les percer.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:43 par Mrpolins »
Réponse #9 Dim 01 Août 2010, 18:49
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Lucas sort de l'avion dépenaillé, le visage ruiné de fatigue... Il est avec Marie! C'est la seule chose qui compte! LA SEULE! Assez de manger des coquillages! Il désire une entrecôte! Pas de steak tartare!! Il en a mangé du froid, du gelé! Il descend péniblement de l'avion, aidé par Marie. Toujours aussi belle! Photos. Flash. Interviews et conférences. Légion d'honneur.

Eh bien, cela ne me change rien! dit Lucas. Cette vie fut un enfer!

Il regarde ses pieds coupés, et son fauteuil... roulant.


Réponse #10 Mer 04 Août 2010, 14:57
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Douzième Jour.
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !



On me tapota l'épaule.

- Bonjour Lucas! Des bananes?

Ma journée ne pouvait que bien commencer sur ce sourire franc que Katia me fit. Lorsque je me levai, Nathalie et Michaël mangeaient déjà des fruits à peines réveillés. J’acceptai volontiers car la tête me tournait; j'avais besoin d'un bon repas, bien que ces fruits ne suffiraient peut-être pas. Le déjeuner fut malheureusement abrégé car un vent glacial s'était levé, il nous fallait partir, sinon, nous crèverions de froid, d'après les propos de Michaël. Nous entrions dans ce que nous appelions des marrais. L’espace devint boueux et  la lumière du jour semblait y être plus sombre.

La journée précédente, mes pensées avaient été occupées par le fait de ne plus être avec Marie. Cette fois, je ne voulais plus y songer tant que nous ne serions pas arrivés à la fameuse grotte. Nous avancions tous de plus en plus vite, bien qu'exténués de marcher dans la boue gluante. Michael se montrait de mauvaise humeur car  le temps nous était défavorable. Nathalie était plus motivée, à la tête de la marche:

- Mon enfant s’appelle Matthias. me disait-elle. Il a cinq ans et l’on m’a dit qu’il était là-bas ! Nous avons encore à peu près deux ou trois jours si le sentier que nous emprunterons les montagnes est exact.

Nous parlâmes du plan de l’île, en s’interrogeant sur son origine et sa véracité. Katia semblait nerveuse. Sa meilleure amie, depuis la maternelle, précisa-t-elle, était peut-être là-bas. Nous ne comprenions pas pourquoi la ou les personnes ayant déposées les cartes n’avaient pas réveillées mes compagnons. Ce comportement était pour le moins étrange. Ce point demeurait flou aux yeux de tout le monde et nous ne savions pas à quoi nous attendre. Peu après avoir goûté faiblement, une pluie s’abattit à flots sur nos épaules. Nous étions trempés, ainsi que les affaires dans nos sacs.

Le chemin se fit de plus en plus boueux, il faisait sombre, les nuages étaient noirs et épais. Katia grelottait et éternuait d’un moment à l’autre, mais elle semblait ne pas vouloir être inférieure à nous sur le point de la santé. En fin d’après midi, la pluie fit un répit, nous en profitâmes pour avancer plus vite.

Le soleil était couché quand nous sortîmes des marrais. L'endroit était moins boueux, les arbres plus clairsemés, et on pouvait voir le ciel, noir comme l'encre. Le stress et l'angoisse montaient en moi au fur et à mesure que nous avancions. La pluie retomba à nouveau, plus drue encore qu'auparavant. Le chemin grimpait rudement, et arrivés en aval d’une montagne, nous nous fîmes une pause dans une cavité rocheuse, à peu près à l'abri de la pluie et du vent. A peine couché, je sombrais dans les bras de Morphée.

La nuit fut de courte durée. Le lendemain, la même pluie régnait. Le vent mordait mes doigts et mes pieds semblaient pouvoir se détacher à tout moment de mon corps tant ils étaient glacés. A mon arrivée sur l'île, il faisait relativement chaud, et la différence de température se faisait ressentir. Mes vêtements étaient élimés, et le vent rentrait à l'intérieur. Nous devions tout de même avancer. Ce soir-là, le désespoir me gagna. Je ne voulais plus continuer, et même mourir ici, hors de toute civilisation… Perdu dans ces sombres pensées, je m’endormis.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:43 par Mrpolins »
Réponse #11 Mer 04 Août 2010, 15:15
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

One Day,
I found a big book
Burned deep in the ground

I opened it
But all the pages were blank

And to my surprise,
It started writting itself...



Björk - Bachelorette
Réponse #12 Mar 10 Août 2010, 18:10
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Quatorzième Jour.
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !



Cette fois-ci, ce fut moi qui les réveillais. Le premier réveillé lève les autres, c'était notre règle. Je me sentais en pleine forme même si j’étais mouillé « jusqu’à la moelle ». La pluie était toujours présente. Je regardais autour de moi après avoir doucement réveillé mes compagnons. Les montagnes masquaient toute vue, mais je voyais le sentier rocailleux devant nous.

*J’arrive, Marie!*

Après avoir mangé, nous reprîmes la route, d'un pas plus décidé que jamais.

- Nous aurons sûrement tout le temps de se reposer là-bas, disait Michaël.

Seulement, ce voyage sans encombre fut perturbé au midi, alors que la pluie retombait à nouveau de plus belle. Nous dévorions la fin du régime de bananes et attaquions une sorte de variétés de pêche noire bleue alors que Katia hurla. Je me retournai et un long frisson me parcoura le dos.

*Un lynx!…*

On aurait dit un gros chat sur petites pattes qui s’approchait de nous en crachant. Son pelage paraissait être celui d’une fourrure ; un roux douçâtre trompeur. Katia se cacha derrière moi. Michaël s’empara d’un bâton tandis que l’énorme matou reniflait la pêche que Katia avait commencée et faite tombée de surprise.

Tout à coup, Michaël frappa. Le lynx évita le coup, mais il était furieux. Il se jeta dans les jambes de Michaël qu’il lacéra de ses griffes pointues. Michaël lui donna un coup de pied puis s’affala de douleur à terre.

BAM ! Je regardais d’où venait l’explosion. De Nathalie, qui avait dégainé un revolver Smith et Wesson, un magnifique modèle. Le lynx tomba à terre.

Nous levâmes le camps et ne parlâmes plus de la journée. Le soir, la pluie s’arrêta, et nous vîmes, arrivés en haut d’une montagne, le lac. Il semblait profond et noir comme de l’encre…

Nous estimions y arriver dans deux jours ou trois, retardés par le temps qu'il faisait…
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:44 par Mrpolins »
Réponse #13 Sam 14 Août 2010, 15:39
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
31 Mai.



Les éclairs zébraient le ciel.
Ils étaient trempés, Katia fiévreuse et tous maussades.
Ils courraient sous la pluie.
Ils longeaient le lac par ce qui devait être l’ouest puis remontèrent au Nord.

Katia pensait à son amie.
Michaël pensait à son frère Nicolas.
Lucas pensait à Marie.
Nathalie ne pensait pas.

Ils virent l’entrée de la grotte.
Eclair.

Ils virent une lueur.
Eclair.

Ils entrèrent. Une lampe accrochée au mur en haut émettait une lueur intense.

Ils regardèrent autour d'eux.
La grotte paraissait énorme, mais une seule deux lampes étaient allumées...
Ce qui rendait la vision totale impossible.
Ils se précipitèrent vers d'étranges formes, au sol.
Cadavres attendant d’entrer dans le sol poussiéreux de la grotte.

Marie n’était pas ici, mais les proches de Katia et Michaël y étaient.

Ils entendirent des pas. Des voix.
Tout devint sombre.
« Dernière édition: Sam 14 Août 2010, 15:49 par Mrpolins »
Réponse #14 Sam 14 Août 2010, 15:49
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Passé.


- VOTRE ATTENTION S’IL VOUS PLAIT! Ici Tony Jones. Nous tenons à vous signaler que des arrivants hors du programme vont débarquer sur l’île. Nous ne savons pas leur nombre. Ils se situeront au niveau de la plage Est. Le camouflage doit être remis, quant aux fosses alimentaires. Aussi Mademoiselle Fusell doit impérativement faire ses affaires pour sa mission arrêt des survivants. Elle recevra des informations à la mairie.


La tête de Tony lui faisait mal. Il prit un calmant puis reprit son travail. De son poste, il écrivit la fausse lettre et joignit la carte de l’île. Il espérait que tout se passerait en douceur.

Cela n’arriva pas.
Réponse #15 Dim 15 Août 2010, 16:38
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Seizième Jour.
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !



Un piège! Impossible!

Je sentais Katia à côté de moi. Elle claquait des dents. Michaël était devant: il pleurait doucement, ne se rendant pas compte de ce qu’il se passait. Nathalie était allongée par terre, tirant le cadavre de son fils… Soudain, il y eut du bruit, deux hommes me mirent à terre, brutalement. Je me défendis mais l’un tenait ma tête et l’autre me mit un sac dessus. Puis les hommes me lièrent les poignées. J’étais impuissant, et n’arrivai pas à me défendre… Quelques instants plus tard, un des hommes dit:

- C’est bon, ils sont tous attachés!

Alors les lumières s’allumèrent. Mais je ne voyais rien, à cause du sac serré sur ma tête. On m’ordonna de marcher, moi et mes amis. Ils nous guidaient. J’entendais Michaël se plaindre ainsi que Katia qui suppliait de la lâcher. Nathalie, elle, ne disait pas un mot…

La marche était tranquille, les hommes ne nous voulaient pas de mal. D’après eux.

*Les ordures !*

Après plusieurs minutes de marches, où personne ne parlait et où mes pensées étaient meurtrières, j’entendis un « tiaaannnnnnnn » caractéristique de porte rouillée s’ouvrant. Les hommes nous fîmes entrer dans la salle. Ils me délièrent les poignets, puis j’entendis la bruit de la porte se refermant puis un clé tournant dans une serrure. Devinant ce qui se passait j’enlevais précipitamment la cagoule. Trois hommes de fortes carrures. Un avec une sarbacane. Il tira une fléchette qui se ficha dans ma poitrine. Je l'enlevai mais je sentis mes yeux se voiler…

Je tombais à terre, la fatigue me gagnant. Les lumières baissèrent d’intensité. Michaël était là, pleurant, hurlant. Il reçut aussi une fléchette dans le dos. Il s’étala sur le sol, puis s’endormit. Il y avait aussi Katia qui, déjà dormait, avec une seringue vide à côté d’elle ! Et… Nathalie ! Elle n’était pas là!

Avant que je puisse réagir d'avantage, le sommeil me prit.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:45 par Mrpolins »
Réponse #16 Mer 18 Août 2010, 15:02
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Passé.



Tony était au collège et Jason, son grand frère, à l’université, au moment où il y eut cet attentat.

Dans la city de Londres, Mr et Mrs Jones répondaient à la cour d’appel à propos d’une affaire de logements insalubres, lorsqu’un kamikaze… troubla la séance. Le Palais de justice fut détruit en quelques secondes seulement. La police, les pompiers, les agents de sécurité, les psychologues, les assistantes sociales, les journalistes. Tony et Jason ne purent pas rentrer manger chez eux ce jour-là. Car la porte était fermée. Leurs parents n’étaient toujours pas revenus. Alors, anxieux, ils étaient allé chez la voisine, Mrs Green. Elle pleurait à chaudes larmes devant la télévision. Devant ces images d’horreur. Les pompiers trouvant un bras trônant majestueusement sur un monceau de murs. Les feuilles des juges volants, des morceaux de toges déchirés…
 
Mr et Mrs Jones ne reviendraient plus chez eux. Mrs Jones ne réchaufferait pas les scones pour l’heure du tea. Tony ne regarderait plus le football avec son père. Et Jason ne ferait plus rire personne avec ses blagues. Non. Le beau temps avait pris fin. Orphelins de treize et vingt-et-un ans.



*** ***


Tony et Jason Jones ne manquèrent jamais d’amour. Ils allèrent ensuite temporairement s’installer chez Mrs Bertha, leur tante adorable, puis Jason partit de Londres. Ses études s’étaient achevées et il passerait plusieurs mois en France. Les Jones avaient l’esprit très européen. La famille avait connu beaucoup de français et d’allemands. Jason avait depuis petit acquis un vocabulaire et maîtrisait parfaitement le français. Tony, lui était moins grand, mais ses connaissances étrangères étaient louables, et il rêvait de quitter la froideur de Londres, lui rappelant de trop mauvais souvenirs. Il perfectionnait donc sa langue française.

Ses amis étaient compatissants de sa douleur, et n’osaient plus parler de leur famille devant Tony. Cela ne lui échappa pas, et le souhait de ses amis eut un effet pervers: il souffrait de ne pouvoir aborder tous les sujets possibles et imaginables avec eux.

Tony était quelqu’un de sensible suite à la mort de ses parents. Il aimait lire, et désirait la justice, au moins autant que son frère, à qui il ressemblait étonnement. Tony portait des cheveux courts et bruns, comme Jason. Ils avaient les mêmes yeux bleus gris, la même démarche, la même droiture.

Jason fit de grandes études policières en France et réalisa son rêve: diriger un commissariat. Il revint à Londres exercer, se logeant dans un petit appartement. Tony, lui, se renfermait dangereusement, malgré les preuves de bonnes volonté de ses amis.



*** ***


La renommée de « Mister Jason Jones » le policier fit un bond en avant et un jour, il reçut une proposition inattendue : un énorme boulot sur une île, par l’état français. Il fallait parler couramment le français ! Une proposition comme cela ! Jason fit par à son frère de cette occasion qui, pour lui, serait en or.

Tony avait seize ans, et Jason vingt-quatre. Leur vie prit un tournant quand, tous deux, ils acceptèrent la proposition du travail et n’eurent à peine le temps de faire leur sacs, dire adieu à tante Bertha, pour partir sur l’île. Ils resteraient à tout jamais sur l’île, à moins qu’il y ait un incident majeur…
Réponse #17 Lun 23 Août 2010, 16:44
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Dix-septième Jour.
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !



Les lumières étaient allumées. Il n’y avait aucun bruit.

J’eus un violent frisson en repensant à la veille. Ce n’était pas possible… J’ouvris les yeux et me levai précipitamment. J’étais dans une petite prison. Michaël et Katia dormaient à côté de moi. Mais… Nathalie n’était pas ici ! Je repensais à son comportement dans la grotte, et compris qu’elle n’était pas venue avec nous dans la prison... Très étrange.

La prison devait mesurer trois mètres sur trois. Ici, tout était taillé dans la pierre, et les murs étaient renforcés avec de l’argile séchée. Des lampes électriques étaient accrochées aux murs. L’éclairage était très puissant, presque éblouissant. Je vis que la lampe était reliée par des fils électriques. L’électricité, sur une île! C’était une nouvelle surprise que je ne savais pas comment prendre.

La prison faisait face à... un mur. C’était un couloir. A gauche et à droite, il y avait d’autres prisons (qui étaient, elles, inoccupées). Le couloir allait en tournant, je ne voyais donc pas où il commençait et où il prenait fin. Mais pourquoi étais-je une île où il y a une grotte équipée de l’électricité, une grotte qui en plus de cela, est équipée de prisons? Pourquoi nous avait-on mis des sacs sur la tête et amenés en prison? Et pourquoi Nathalie était absente?

Je baissais les yeux, attristé par mon sort, et vis une pile de linge. Je la pris et vis qu’il y avait de quoi se rhabiller pour trois personnes. Sur une pile, un L, sur une autre un M et une moins épaisse un K. Nos initiales. Je pris la pile L. Mes vêtements d'avant se composaient d’un costard cravate déchiré au niveau du genou gauche. Il me manquait la manche droite de ma veste et de ma chemise…

Je dus faire du bruit en me vêtant, car Michaël se retourna dans son sommeil. Il poussa Katia qui se réveilla. Elle battit des cils et fut incrédule en me voyant: j’avais des chaussures de marches, un jean noir et un tee-shirt blanc, et un blouson assorti. Je lui tendis en souriant la pile « K ».

- Bonjour vous deux, chuchotais-je d'un ton rassurant. Je ne comprends rien de tout cela... Regardez, les lampes au mur: il y a de l’électricité…

Katia saisit la pile de linge et nous discutâmes du jour précédent. Au moment où Michaël se réveillait, Katia constatait que des caméras que je n’avais pas vues étaient dans les recoins des autres prisons comme dans la notre.

- Putain... lâcha Michaël. Je ne comprends pas pourquoi ils nous ont enfermés! Je vais tous les…

- Ce ne sera pas nécessaire,
dit-on.

Moi, Katia avec son linge, et Michaël jurant. Nous devions être pitoyables aux yeux des arrivants. Deux hommes et une femme à la tête d’une dizaine d’autres. Ils se dirigeaient vers nous. Les hommes derrières étaient armés de fusils: le message était clair. Toute la troupe avait le lot jean, chaussures de marche, tee-shirt et pull blanc. Un des deux hommes qui était visiblement le chef, tenait une mallette dans les mains.

- Tout d’abord, dit celui-ci, je vais nous présenter. Je suis Tony Jones, chef, ou maire, ou shérif de l’île. Comme vous le voulez. Nous vous avons fait venir ici car nous savions que vous presseriez le pas en attente de revoir vos proches.

- QUOI?
hurla Michaël hors de lui. Mon frère est mort! Vous l’avez tué, et vous nous amenez dans vos filets! Vous n’êtes qu’une brute!

Tony était plutôt petit, avec de gros yeux. Il ressemblait à quelqu’un de faible, légèrement courbé. Il paraissait plutôt inoffensif, et j’avais du mal à penser qu’il était chef, ou bien une brute. A sa droite, la femme était calme, et ne disait pas un mot. Elle était blonde et grande. Elle était légèrement en retrait. Tony Jones la présenta comme Sophie. L’homme à sa gauche qui nous fit un petit « Bonjour » se nommait Marco. Sa voix était grave au contraire de celle de Sophie. Il était rude, avec de petits yeux. Tout de suite, je me mis en garde contre cet homme-là.

- Bien, dit Tony. Maintenant que les présentations sont faites, vous allez devoir avaler quelque chose...

- Je n’avalerai rien du tout,
réagit immédiatement Michaël, en signe de provocation. Vous avez tué mon frère! Comment osez-vous venir gentiment? Et vous voulez nous faire avaler un…

- Taisez vous,
dit Marco.

Son ton fut menaçant, et plus personne ne parla. Michaël ouvrit grand les yeux face à cet homme… puis il cracha aux pieds de Tony. Marco prit un revolver de sa ceinture et mit des recharges dedans.

Tony ouvrit donc sa malle. Il la posa par terre et nous expliqua:

- Vous devez tous trois avaler cette gélule informatique. Nous pourrons vous repérer dans tous vos déplacements sur l’île lorsque vous le pourrez. Vous n'essaierez donc pas de faire de regrettables bêtises, n'est-ce pas? Ceci est dans votre intérêt. Si vous n’avalez pas la gélule, vous ne sortirez pas de cette prison. Si vous l’avalez, vous sortirez sous peu, et vous pourrez faire ce qu’il faudra pour que nous vous laissions quitter cette île. Car nous le pouvons.

Il insista volontairement sur cette dernière phrase. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Puis, Tony ouvrit la prison, et Katia en sortit. Elle en prit une dans la mallette et la goba sans plus de cérémonie. Puis Sophie vérifia que Katia avait bien avalé.

- C’est bien, dit Sophie. Venez, Lucas.

Je sortais doucement, alors que Katia rentrait dans la prison, tremblante face à ces gens armés. Sophie me donna la pilule en me souriant. Au contact de ses doigts, lorsqu’elle me la donna, j’eus un frisson. Elle me rappelait Marie…

*Quoi? Je pense comme si elle était morte!*

La gélule était en métal. Tony m’assura qu’elle n’était pas toxique, devant mon hésitation. J’inspirais un grand coup me disant que je faisais une bêtise.

*Mais je veux quitter cette île!*

Avec un peu d’eau, je la sentis descendre dans ma gorge. Je frissonnai d’horreur. Puis Tony m’invita à rejoindre Katia et ce fut le tour de Michaël. Évidement, il ne put s’empêcher…

Il fonça sur Tony, mais déjà le grand type, Marco, le pointait de son revolver.

- Vous ne me faîtes pas peur! hurla Michaël. Allez-y! Tirez!

L’homme prit une mine exaspéré et dit:

- Ce n’est pas dans notre intérêt! Tu vas te décider à l’avaler? Tu sais, cela ne me dérange pas que tu restes en prison toute ta vie!

Deux hommes bloquèrent Michaël qui se défendit comme un diable. Il reçut un coup dans la nuque et s’affaissa. Katia poussa un petit cri.

- Ce n’est rien, fit Tony avec un sourire de requin. Il dormira quelques heures!

Les hommes le firent avaler la gélule puis lui firent une piqûre.

- Très bien, fit Tony Jones. Eh bien, Sophie a des casse-croûtes pour vous trois! Bacon et fromage et supplément sauce moutarde. Ça vous va?

Nous fîmes oui de la tête, tandis que deux hommes traînaient Michaël dans la cage.

- A demain, déclara Tony, vous aurez de quoi vous divertir et mieux dormir. Vous verrez ça avec Clara.

Sans attendre de réponse, le groupe s’enfonça dans le couloir de droite. Je regardais Katia qui ouvrait son sandwich. Elle me tendit le mien et, surprise! c’était un sandwich de marque bien connue française…

Soudain, j’entendis un petit bruit. Katia pleurait, tout en regardant son sandwich. Notre condition était désastreuse.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:45 par Mrpolins »
Réponse #18 Lun 23 Août 2010, 16:56
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Dix-huitième Jour.
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !



- Réveillez vous, les amis!

Je sursautais en entendant cette voix féminine. J’ouvris les yeux et me redressai. Une femme se tenait devant nous. C’était la fameuse Clara qui devait apporter le confort. J’en avais d'ailleurs bien besoin: la nuit avait été épouvantable, le sol était terreux, et j’étais déjà sale.

- Bonjour, je suis Clara, nous sourit-elle. Bien dormi?

Ne nous laissant pas répondre, elle enchaîna:

- Désolé de ne pas avoir eu le temps de vous installer avant! Tony m’a demandé de vous dire que Nathalie va très mal. Elle n’est pas là car elle a un abcès grave. Elle se fait soigner!

Je n’écoutais plus ce qu’elle disait, en ne pensant plus qu’à la pauvre Nathalie. Elle n’avait pourtant rien dit d’alarmant…

- Ne faites pas cette tête là! rigola Clara. Ah! J'entends Nicolas qui arrive! Au cas où Michaël voudrait nous faire faux pas!

Effectivement, un homme arriva. Il avait un revolver posé sur un chariot où l’on avait déposé plusieurs objets. Clara détourna notre attention:

Je vais vous placer dans des cages différentes. Si vous avez un problème, demandez le gentiment à la caméra qui surveille vos prisons. Quelqu’un entendra et on viendra vous voir!

Elle ouvrit un grand sac qu’elle avait amené et en sortit des couvertures. Elle en mit une dans notre prison et aussi dans deux autres. Puis Nicolas mis un coussin pour tout le monde. Clara ouvrit la cage et amena Katia dans une autre prison à gauche, en face moi. Puis, pointé par le revolver de Nicolas, Michaël alla aussi dans une autre prison. Je ne pouvais plus le voir. Puis, pour chaque cellule, Nicolas déposa des livres, des crayons et du papier. Il mis en face de chaque prison une télévision, qu’il installa. Il prit une rallonge qu’il branchait dans une petite prise qui était incrustée dans le mur pour chaque prison.

Je suivis ce soir là une retransmission d’un match de football international. Puis, aux informations de minuit sur une autre chaîne que mit Clara, je vis une vidéo de mon avion qui était dans l’eau. « Nous n’avons toujours pas de nouvelles des passagers qui ont disparu suite au crash en Atlantique. La famille de Charlie Barrat était effondrée. Reportage de Alix Aymes et Anne-Sophie Rousseau. »

Clara me donna les télécommandes et aussi un lecteur DVD avec plusieurs CD gravés. Puis elle partit, après nous avoir légué une salade piémontaise et de l’eau fraîche. Michaël, lui, n’eut que la télé mais ne put pas changer de chaîne; les autres devaient avoir peur qu’il « trafique » le matériel.

- Bonne nuit! lança Clara.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:46 par Mrpolins »
Réponse #19 Mar 24 Août 2010, 14:37
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Passé.



- Lève-toi, Tony! Nous sommes arrivés, dit-il d’une voix excitée.

Tony cligna des yeux, dérangé en plein sommeil. Il se trouvait dans la cabine principale et voyait tout le monde bouger. Jason était là. Il prenait ses deux grosses valises puis donnait à Tony les siennes.

- Notre nouvelle vie commence, mon frère, s’enthousiasmait Jason. Les canaux sont prêts. On m’a donné toute la paperasse...

Tout le monde sortait du hall du bateau. Des personnes habillées en uniforme militaire leur enjoignaient des consignes. Ils se retrouvèrent donc dans trois canaux gigantesques. Ils étaient plus d'une centaine de détenus et gardiens! Les haut-parleurs grésillèrent, et on entendit une voix.

« Bonjour, citoyens. Je suis ravi d’ouvrir cette première île pour vous. la sécurité régnera sur cette île! Passez une bonne vie ici. Ne faites pas de gestes malencontreux ou vous le regretterez! Sachez que tout est déjà installé! Le chemin vers votre destin est tout tracé sur les cartes. Vous en avez chacun une dans votre valise que nous vous avons donné. Bonne vie. »

Les canaux descendaient le long de la coque de l’immense bateau. Puis les militaires coupèrent les câbles en haut. Les canaux étaient télécommandés. Ils commencèrent une progression vers l’île de leur destin, qui se dessinait, nature sauvage, montagnes et plages paradisiaques. L’ambiance était plutôt joyeuse tandis que la populace se rapprochait de leur mort… Tony et Jason se regardèrent, et virent le reflet mélancolique de lui-même chez son frère.
Réponse #20 Jeu 26 Août 2010, 21:58
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Dix-neuvième Jour.
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !



Les jours continuaient à bon rythme. Je ne savais ni ce que je faisais là, ni quand je sortirais de l’île, et à commencer par de cette prison.

La couverture avec laquelle je dormais était follement douce. Made in china…

Je passais mes journées à me morfondre, ne parlant plus à Michaël ni à Katia, à part pour le « bonjour » de routine. J’étais déprimé, et ni les plats que Clara nous apportait, ni de regarder Académie des Stars ne me réconfortait. J’aurais dû voir mon père pour la dernière fois, et je me retrouvais embarqué dans une histoire dont je ne savais rien et ne comprenais rien. Cela durait bien longtemps.

Le soir, les lampes s’éteignaient sans prévenir et nous nous retrouvions plongés dans le noir. Je savais l’heure grâce à un petit réveil que Clara avait apporté. Je ne revis plus ce chef nommé Tony, ni ses deux acolytes, la femme et l’homme qui avaient pris Michaël…  L'homme s’appelait bien… Marco d’après mes souvenirs. Plutôt imposant. Et la femme, Sophie…

Des jours à regarder la télévision, lire des bouquins, penser au concept de la « Raison de Vivre » de Werber, manger, parler un peu avec Michaël et Katia, ne pas se laver, se demander si Marie était toujours en vie, etc…
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:46 par Mrpolins »
Réponse #21 Mar 31 Août 2010, 15:58
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Passé.



Les cris parvenaient aux oreilles de Tony. Un an passé ici, et déjà des complications. Il se rendit à la mairie, croisa Mlle Fusell à qui il dit bonjour. Suivit un rapide entretient sur la situation. Puis il rentra dans le bureau et s’assit dans son fauteuil. Une lettre de son frère lui disait qu’il était parti avec Marco au secteur des chasseurs régler un problème. Tony brûla la lettre de son briquet puis partit en courant, sous les yeux de tous, vers la partie Sud-Interne.
Réponse #22 Mar 07 Sep 2010, 10:57
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Trente-septième Jour.
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !



Tandis que je broyais mes idées noires, repensant aux paroles de Tony Jones, aux gestes de Michaël, et à Marie qui, après tout, devait être morte, que je pensais au soleil à mon arrivée sur l’île, et au temps monstrueux quand nous nous étions jetés dans la gueule du loup (les gens de l’île qui se cachaient de nous), que je regardais d’un œil fixe le poste téléviseur dont les ondes étaient parfaites... on vint nous rendre visite.

D’après mon réveil, il était midi, et mon ventre m’indiqua qu’il était le moment de se satisfaire. Cela tombait bien. Quelqu’un approchait avec un plateau. C’était la grande femme blonde, Sophie. Elle me paraissait toujours aussi belle, mais je ne pouvais et ne voulais pas y penser. Elle transportait un plateau fumant et venait vers nous. Elle nous lança un « bonjour » évasif, puis nous donna à tous de l’eau, et une assiette de spaghettis façon carbonara.  Puis elle prit une chaise que Clara avait laissée, et nous regarda sans rien dire.

Quand nous avions tous terminé, elle nous annonça que nous devrions parler sérieusement avec Tony, le soir même. Elle ne précisa pas pourquoi, puis entreprit de ramasser les assiettes puis de nous donner du gâteau aux cerises. Lorsqu’elle tendit à Michaël sa part, il demanda calmement:

- Qui est Tony?

Elle fit un « hein ? » puis se rattrapa, hésitante:

- Eh bien, Tony Jones est celui qui dirige ce qui ce passe ici. Il est très gentil, et ne veut de mal à personne. Il donne beaucoup de conseils mais décide toujours de ce qui est le mieux à faire… et c’est bien mieux comme cela. Nous évitons ainsi certains problèmes.

Alors, j’entrais dans le jeu de Michaël.

- Il doit y avoir certains problèmes, s’il n’y a qu’une personne pour décider des choses? Les personnes ne sont pas indifférentes à cela !

- Eh ben, maintenant si, et cela vaut mieux,
dit Sophie.

J’eus l’impression qu’elle se fâchait. Son ton se faisait sec.

- Sachez pour ne pas faire de bêtises, que Jason, le frère de Tony est mort tué par un habitant de l’île car il était contre les idées de Jason. Il y avait un groupe de ces personnes-là. Quand on a trouvé Jason Jones mort, et que l’on s’est demandé qui l’avait tué, nous avons fait appelé tous les habitants. Il en manquait deux: les deux personnes à l’origine du crime, mortes subitement, par on ne sait quoi. Depuis, personne n’a osé s’en prendre au nouveau chef, Tony qui « héritait » de la place.

C'était un avertissement on ne peut plus clair.

Sophie s’en alla précipitamment, ayant prit le plateau nerveusement et dit que l'on viendrait les chercher pour les mener voir Tony à 21 heures. Michaël se vanta d’avoir touché un point sensible ; Katia rigola un peu. Nous avions hâte de parler face à face avec ce Tony à nouveau.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:47 par Mrpolins »
Réponse #23 Dim 26 Sep 2010, 18:01
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Trente-septième Jour.
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !



20 heures 48. Plus que douze minutes à attendre...  Je bouillonnais intérieurement.
Je guettais un petit bruit extérieur tout en marchant dans la petite cellule. Cette fois, j’étais à bout, plus qu’énervé... surexcité.

*Quand va-t-il ramener son cul, bon sang?!*

J’entendais Michaël marcher dans tous les sens aussi, je le sentais perplexe. Je n’avais pas de raison particulière d’être dans cet état, c’est vrai, mais je sentais, et à raison, que la discussion serait animée.

20 heures 53. Plus que sept minutes à attendre... Je bouillonnais d’impatience en voyant que j’étais réduit à l’état de misérable, de chien, de gentil petit garçon devant bien se comporter dans son petit coin.

*Ah! Il n’a pas intérêt à venir en retard, ou je lui casse la figure, à celui-là!*

*20 heures 57. Plus que trois minutes à attendre… Trois petites minutes! Mince alors, je ne me laisserai pas marcher sur les pieds.*

20 heures 59. 59… 48… J’essayais de ne pas regarder mais, 36… 24... 19…18…

21 heures, une seconde. Personne. Michaël sort sa tête de la cage. Pam. Pam. Pam.

*Quelqu’un!*

Je réprimais un frisson, et vis des hommes venir d’un pas assuré. Armés. Tony Jones n’était pas ici. Dans un éclair de lucidité, je me souvins les paroles de Sophie. Nous devions aller jusqu’à lui, lui ne bougerait pas d’un iota. Je me sentais humilié, énervé. On nous sortit de nos cages respectives et l’on me mit une cagoule. Mes mains furent liées par du scotch épais.

- On y va.

Le trajet se fit sans problème. Tout était silencieux. Je sentais néanmoins que des personnes se mettaient tout autour de nous, nous suivant comme dans un cortège macabre…

Soudain, on m’enleva la cagoule. Le moment des explications me sembla enfin venu. Nous étions dans une petite salle aux murs peints qui semblaient être faits en béton. Il y avait seulement une caméra dans un coin, et quatre chaises. Une était habitée par Tony, lisant « Des souris et des hommes », les trois autres qui y faisaient face, nous étaient destinées. Nous prîmes donc nos places, moi au milieu. Les gardes sortirent de la salle.

En face de moi, Tony semblait serein sans prêter attention à nous, et lisait. Il n’était même pas armé. Ne nous craignait-il pas? Puis, il changea de page et mis une petite feuille séchée en marque page.

- Je finissais la page, dit-il simplement. Bonjour, les amis.

Sans attendre de réponse, qui ne serait pas venue de toute façon, il se racla la gorge et nous posa une question.

- Dites moi, est-ce que vous voulez rester dans vos petites cages?

Je ne savais pas trop quoi dire, la question était absurde et logique: non.

- Non, lâcha Michaël, c’est pourquoi vous allez nous laisser en sortir! Nous sommes restés dedans une bonne dizaine de jours et…

- Précisément vingt-et-un,
dit Tony. Je ne veux que votre réponse. Si c’est bien ce que vous désirez, ce sera fait. Mais, …

*Il devait bien y avoir un mais!*

- Vous devez faire quelque chose en échange, quelque chose qui vous prendra tout au plus une petite semaine. Je vais vous donner une carte.

Il en tira une de sa poche, la déplia et me la tendit. Elle était identique à celle que nous avions eue à notre naufrage.

- Regardez au nord. nous indiqua Tony. Vous voyez la grotte, où nous sommes. Et un peu plus au nord. Vous voyez? La croix bleue. Vous devez aller à la petite croix bleue. Cette croix désigne un temple. Oui, c’est un temple qui n’a qu’une dizaine d’années, même s’il en paraît plus. Il est de style maya, car cela va bien avec l’ambiance de l’île. Dedans, il y a beaucoup de salles, qui s’enfoncent sous terres… C’est un véritable labyrinthe. Il faut que vous entriez dedans et récupériez une mallette noire avec une serrure. Si vous ne l’avez pas dans sept jours, vous resterez toute votre vie dans les prisons. Sachez que si vous tentez de fuir, nous vous retrouverons!

- Comment?
s'indigna Katia en se levant. Vous êtes en train de nous dire que nous devons vous faire vos commissions pour foutre le camp d’ici?!

Moi et Michaël, nous nous levâmes aussitôt et mon ami se fit agressif.

- Nous n’allons pas faire tout ce que vous voulez pour vous faire plaisir, siffla-t-il, en devenant rouge pastèque.

- C’est d’accord, dit Tony calmement. Si vous voulez rester sur l’île en prison votre vie, ne partez pas. Dans le cas où vous coopérerez, demain matin, on vous réveillera et vous partirez. Bonne chance!

A ce moment là, les hommes revinrent dans la salle. A peine m'étais-je retourné, je reçus un coup violent à la tempe. Je tombais à terre, n’ayant que le temps de voir que mes deux amis subissaient le même sort…



*** ***


Nous nous étions décidés: accepter était peut-être le mieux. Nous voulions partir, mais nous avions tort. Nous étions en train de sceller notre sort en même tant que Tony scellait le sien.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:48 par Mrpolins »
Réponse #24 Dim 26 Sep 2010, 18:06
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau

Mais ça m'est égal
Ca m'est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez

Il suffit que j'aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j'aime
Un brin d'herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J'aurai toujours un peu d'air
Un petit filet de vie
Dans l'oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties

Et même,
même s'ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
________
Il suffit que j'aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s'attarde un peu de mon sang
Je l'aime je l'aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J'aime ce judas qui s'ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s'avancent, qui m'emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J'aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C'est ma fête, je suis fier
Je l'aime, je l'aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l'aime, je l'aime
Je l'aime pour de bon

Il suffit que j'aime
Un brin d'herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d'oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon coeur...

« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 16:27 par Mrpolins »
Réponse #25 Sam 02 Oct 2010, 14:47
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Trente-huitième Jour.
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.



Les lumières s’allumaient progressivement. On entendait des murmures de voix d’hommes. Ils étaient là. J’ouvris les yeux et vis un total de six hommes. A la porte de ma cage, il y avait un sac de voyage en cuir noir. Un homme me dit, s’étant aperçu que je l’avais vu:

- Dans ce sac, vous aurez de quoi manger. Allez, tout le monde se réveille, la journée commence et vous avez du boulot!

Cinq minutes après, nous étions menés à l’aveuglette, avec sac énorme sur le dos. Je sentis plus tard que nous étions sortis de la grotte lorsque des gouttes de pluies tombèrent sur mes épaules. Quelques pas et je sentis que les gardes rebroussaient chemin. J’enlevais ma cagoule et vis que le jour se levait. Le ciel était encore noir mais  nous voyions à nouveau la jungle devant nous. Je me retournais, puis regardai des personnes sortir et entrer dans la grotte de tous nos malheurs. Le lac était à notre gauche. Il semblait si profond... Il en était effrayant.

Katia ouvrit son sac et y prit sa carte et une barre de céréales. Nous la rejoignîmes pour situer les ruines…


*** ***

Nous avions longé le lac pour remonter au nord lorsque la pluie se transforma en véritable nuée. Il fallut peu de temps pour que nous soyons complètement mouillés, et nous décidions de rentrer dans les montagnes et suivre en ligne directe. Cela nous prit bien longtemps. La pluie nous bloqua, formant de grandes coulées de boue dans le sol et nous dûmes à deux reprises faire un détour assez important.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:48 par Mrpolins »
Réponse #26 Jeu 21 Oct 2010, 17:10
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Passé.



Tony avait dix-neuf ans, et Jason vingt-sept. Tandis qu’il courait avec un mauvais pressentiment, au site des chasseurs, aider à recadrer les perturbations avec son frère et Marco. Il arriva dans la grande salle… qui était à sang. Tout le monde criait et se battait. C’était l’enfer. Dans un coin, la masse de monde se ruait sur deux hommes: Jason et Marco.

Il semblait qu’un des deux ne soit pas en bon état. Tony tira un revolver de sa poche et tira dans un mur. Tout le monde prit peur, et regarda d’où était parti le coup.

- Écartez-vous de Jason et Marco! hurla Tony, plus que bouillonnant.

Il courut vers Marco qui soutenait Jason. Jason avait les yeux grands ouverts. Il était mort : un couteau dans le cœur. Tony se tourna et vit Pascal Collin, ce foutu rebelle. Celui-ci était fou de rage, les mains en sang. Tony lui lança un regard vengeur et lui tira une balle dans l'entrejambes. Pascal tomba à terre. Les yeux rougis, Marco chuchota à Tony:

- Je pars déclencher la pilule.
Réponse #27 Mer 27 Oct 2010, 19:34
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
22 Août.



On dit que la vie, après tout, ce n'est pas si nul que ça. A présent, je suis à la fin de ma vie, je le sais. C'est bien pour cela que je repense à toute cette phase de ma vie, comme si c'était une maladie. Comme si l'arrivée sur l'île avait modifié ma perception et ma pensée. Comme si j'avais été transformé à l'état de charrue que l'on manipulait sans se rendre compte des dégâts qui auraient lieu, et qui arriveraient sans tarder. Oui, comme si mon arrivée signalait que le petit Lucas entrait dans la dernière période de sa vie. Quand mon père est mort, je pensais qu'après ceci, je ne me relèverais que plus fort; je ne m'attendais pas à un revirement de ma vie, un véritable coup du destin, qui à présent, m'a ôté la raison de vivre.


C'étaient les pensées de Lucas, le 22 août.
Mais revenons plutôt à ce qui se produit le 24 juin.
Lorsque l'heure à laquelle sa raison de vivre devint bousculée.
« Dernière édition: Sam 06 Nov 2010, 19:44 par Mrpolins »
Réponse #28 Mer 27 Oct 2010, 19:59
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Quarante-et-unième Jour.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...



- Voilà… Nous y sommes.

Je soupirai lentement. La vue de cette chose, si imposante me terrifiait presque. Nous étions devant les fameuses ruines, face à notre destin ; notre destin qui était dirigé par… Tony Jones. Cette crapule nous obligeait à aller faire ses courses dans cet endroit… Quel étrange homme !

Nous étions tous trois silencieux. Face aux ruines. Tony disait qu’elles avaient été construites il y a dix ans, mais il avait raison sur un point : on aurait dit que les ruines avaient des siècles derrière elles ; une copie de temple maya… Nous étions sur une île de dingues!

- Bon, les amis, il faut y aller, dit Michaël. Nous allons peut être mettre du temps…

- Je suppose que oui,
déclara Katia.

Je ne soufflai pas un mot. Le temple était recouvert de lianes et construit avec des pierres, l’architecture typique de la pyramide à degrés, avec un escalier pour monter à l’entrée. Alors, nous grimpions les marches, bêtement. Katia prit une torche énergétique et l’alluma. Nous nous faufilâmes par la petite entrée. Devant nous, un couloir qui paraissait immense. Nous n’osions pas parler, tout de même subjugués par cette parfaite copie. Tout était en pierre usée et l’intérieur était humide.

Nous avancions dans ce, couloir qui rétrécissait de plus en plus jusqu’à ce que nous dûmes être en file indienne. Puis, le couloir descendit en pente douce, puis plus abrupte, jusqu’à redevenir plat. Là, il se séparait en deux parties. Nous nous concertâmes et optâmes finalement pour la voie gauche. Le terrain était plat mais le chemin se rétrécissait encore un peu plus et nous devions passer sur le côté. Notre progression ralentissait... quand la voie devint subitement très large. Michaël était devant, Katia après lui, et je fermais la marche. Nous regardions par terre mais il n’y avait rien. Tout était vide. Le temps passait et nous prenions des chemins un peu au hasard.

Après de nombreux couloirs, nous nous retrouvâmes soudain dans une salle dont la seule porte était celle que nous avions empruntée quelques temps plus tôt: nous devions rebrousser chemin. Alors, Katia prit du chocolat et cassa la tablette.

- A chaque salle, nous en déposerons au milieu pour savoir si nous tournons en rond.

C’est ce que nous fîmes. Nous ne trouvions pas de salle où il y avait déjà un morceau et nous étions rassurés. Nous étions seuls dans ce faux temple, il n’y avait pas de danger.  Quand nous arrivâmes à un embranchement, il y avait trois… quatre… cinq directions différentes. Alors, nous regardâmes prudemment dans celle de gauche mais il n’y avait que des cadavres. La suivante était un cul de sac, et celle du milieu aussi. La suivante paraissait bien, mais nous regardions la dernière…

Dans celle-ci, il n’y avait aucun sol… Michaël et Katia repartaient déjà dans la précédente tandis que je m’attardai à regarder dans la dernière. Je sortis ma lampe pour y voir plus clair mais je ne voyais toujours rien… Je frissonnais quand j’entendis successivement les cris de Michaël et de Katia. Je courus précipitamment dans la salle et... tombais!

Je glissai, j’étais dans un toboggan ! Un toboggan en métal ! J’étais sous le choc, cogné en tombant. J’entendais au loin Katia et Michaël. Puis, il y eut des bruits sourds. Tout à coup, je comprenais ce qu’étaient les bruits sourds. Le toboggan prit fin subitement et je tombai, comme en suspension dans l’air durant une infime seconde, sur Michaël et Katia. Je m’excusai et me relevais vite. Nous gémissions. Mon cœur pulsait: le parfum d'aventure était agréable...

- Mais c’est quoi ce bordel ! s’écria Katia. J’ai perdu ma lampe !

Et moi aussi je l’avais perdu. J’entendais Michaël fouiller dans son sac.

Clic ! Nous étions dans une salle vide. Mise à part la petite chose qui était tout au fond, sur un genre d’estrade. Katia courut jusqu’à lui, et monta sur l'estrade; nous la rejoignions. C’était bien le coffre. Michaël voulut le retirer... voulut.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:49 par Mrpolins »
Réponse #29 Mer 03 Nov 2010, 18:57
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Quarante-et-unième Jour.
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !



- Ah, je n’y arrive pas, il est enfoncé dedans, s’écria-t-il.

Je vins l’aider et à deux, pressés par l’excitation de Katia de sortir, nous le désincrustâmes de la pierre. Il était en fait tout léger. Mais un bruit sourd montait des fins fonds du temple, un bruit sourd qui s’amplifiait de seconde en seconde.

Tout se passa vite : le sol sous nos pieds se déroba, les murs s’effritèrent, je vis la lumière du jour, et perdis connaissance.


*** ***

- Punaise, mais c’est quoi ce merdier!

C’est ainsi que je me réveillai, par les jurons de Michaël. Nous étions à ciel découvert. Il pleuvait toujours autant, et j’étais trempé jusqu’aux os. Je me levais et regardais alentour. Nous étions tous deux debout sur les ruines du temple. Michaël avait le coffre dans les mains et pestiférait à l’encontre de Tony et Katia était à côté de moi... Par terre. Elle saignait un peu au niveau du front.

C’est là que je m’apercevai que nous étions tous un peu amochés par la destruction. Ainsi, avoir décroché le coffre avait détruit les ruines. Tony avait voulu nous tuer…

Je réveillai Katia doucement, la prenant dans mes bras. Aidé de Michaël, nous sortîmes du dédale des pierres écroulées. Je dis à Michaël ma petite théorie selon laquelle Tony nous avait amené ici pour que nous provoquions cet « accident ». Ce à quoi il réagit en insultant ce « Mô-sieur Jones de ses… ». Nous nous mîmes dans un coin.

Nous étions quasiment perdus dans les montagnes, à côté d’une espèce d’éboulis créé par le retirement d’un coffre poids plume. Cerise sur le gâteau : nous avions perdus nos sacs et je n’avais que la carte pour rentrer à la grotte. En fait, nous avions plutôt intérêt à y rentrer : nous n’avions rien à manger.

Nous attendions que Katia se réveille; quand ce fut fait, je lui soignai le front. Ce n'était que quelques égratignures. Pendant ce temps là, Michaël cherchait des bananes.

- Que c’est-il passé? me demanda Katia, un peu sonnée.

- Je ne sais pas trop, répondis-je doucement en essayant de panser la plaie sur son front avec une vulgaire feuille-pansement. Quand nous avons retiré le coffre, tout s’est écroulé...

Je jetais un petit coup d’œil au coffre convoité puis déclarais:

- Nous devons absolument retourner là-bas, à la grotte.

Katia soupira et voulut protester. Je lui mis mon index sur ses petites lèvres et pensant tout à coup à Marie, Marie qui me manquait, je dis:

- Nous devons y retourner car… Car tu dois être soignée, et car ils nous offriront largement à manger et à boire. Je peux t’assurer que Tony tiendra ses engagements: nous serons libres.

Alors, Michaël revint avec un gros régiment de bananes. Alors, sous une nuée d’eau, nous prîmes le chemin pour retourner, incertains, vers la grotte. Le voyage nous prit environ quatre jours, car nous étions déboussolés et désespérés... Nous longions le lac, toujours sous une pluie torrentielle, lorsque je me pris à me dire : « Et si c’est un piège ? Et si nous sommes en train de ruiner notre vie ? »

Je ne partageai pas ma pensée à mes compagnons. Le soleil déclinait lentement; il y avait des hommes qui nous désignaient à l’entrée de la grotte. Nous n’étions guère pressés, Katia souffrait et sa plaie devait être infectée. Le coffre était dans mes bras.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 12:00 par Mrpolins »
Réponse #30 Mer 03 Nov 2010, 19:08
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Quarante-troisième Jour.
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;



Lorsque nous étions enfin parvenus à l’entrée, tout était devenu désert. On voyait l’entrée de la grotte pour la première fois véritablement. Les hommes étaient partis.

C’était un petit couloir qui débouchait sur sur toute l’immense étendue interne de la grotte. Nous voyions des maisons faites en briques! De petites et grandes maisons, des couloirs qui partaient on ne sait où. Mais surtout, à notre gauche, il y avait bien… un cimetière. Je me souvenais des corps qui avaient été placés ici. A présent, ils étaient enterrés. Toute cette immense salle contenant des petites maisons en briques était illuminée de toutes parts par de grandes lampes électriques.

J’en aurais lâché mon coffre si un homme ne s’était pas furtivement approché. Un homme que je n’avais vu que trop de fois. Tony Jones, les yeux rivés sur le coffre, un sourire satisfait. Katia le vit et alla à sa rencontre. Il n’eut pas de temps pour se rendre compte de sa réaction : elle le gifla d'une telle force qu'il y eut un grand écho dans la salle.

- Aïe! s’écria-t-il. Voyons, Katia, calmez-vous!

En voyant Michaël s’approcher à son tour, il recula et dit:

- C’est bien le dernier moment pour vous de faire des bêtises! Vous n’êtes plus prisonniers, les amis! A présent, vous faîtes partie de notre communauté! Une fête est préparée, venez avec moi!

Il fallut du temps et une concertation entre nous trois pour que, finalement nous suivions Tony. J’étais curieux de savoir ce que cachait cette grotte et livrai le coffre à Tony.

Nous marchions entre les maisons jusqu’à arriver devant un grand bâtiment où les briques étaient peintes en bleu, et où une centaine, que dis-je, au moins deux à trois centaines de personnes nous applaudirent et scandèrent nos noms (comment les connaissaient-ils?).

Le nom du grand bâtiment bleu était « Mairie ».
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:50 par Mrpolins »
Réponse #31 Sam 06 Nov 2010, 19:52
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
26 Juin.



Alors que certains découvraient un endroit bien étrange,
dans une autre partie de l'île,
une personne reprit tout juste connaissance.

La lutte contre la mort avait été rude.
La lutte pour la vie allait commencer.

Les arbres, le vent, le ciel.
Les animaux, les bruits, l'eau.

L'eau qui coulait, juste à côté.
La personne rampait jusqu'à la source d'où le clapotement venait.

Se pencha. Tomba en plein dans la source.
Paniqua. Se rattrapa aux racines.
But longuement ce doux élixir.

Sortit. Se mit sur ses jambes fragiles.
Et s'en alla découvrir l'île.
Réponse #32 Sam 20 Nov 2010, 15:13
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
PARTIE II







Quarante-troisième jour.
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;


Oui, c’était là bien une foule devant nous qui nous acclamait. Et nous, nous restions plantés là, pantois face à tous ces gens inconnus. Il y avait un groupe de personnes qui sortaient une banderole « Bienvenue chez nous ! ». Tout le monde hurlait. La musique partit tout d’un coup. Je ne pus m’empêcher de reconnaître un air qui était présent depuis peu sur les radios françaises. Je regardai Michaël et Katia ; ils étaient aussi abasourdis que je l’étais. Tony, à côté, souriait franchement. Des immenses ballons multicolores s’envolèrent. C’était la fête. Ma bouche formait un O parfait, je ne comprenais plus rien, aucune logique ne me venait à l’esprit. La foule venait se presser autour de nous et on me fit maintes embrassades. Je ne répondais pas, pris de mollesse. On me poussait, je voyais des êtres s’entêter à se présenter. Quelqu’un me prit à l’épaule et m’emmena. Où? Je n’en savais rien, et ça ne me dérangeait pas. Nous traversions les gens qui commençaient à manger des toasts. Moi qui avais eu faim auparavant, je m’en contrefichais. Ce qui fait que j’arrivais soudain sur une estrade, côte à côte à Katia et Michaël, euh aussi abasourdis. Ce qui me réveilla de ma torpeur, ce fut que tout le monde se taise, et que la musique baissa. Je regardais à droite à gauche et voyais tout le monde nous regarder sur le tremplin. En fait, nous et Tony, qui avait un micro en man.

Le petit monsieur Tony Jones prenait ses allures de gentleman et s’apprêtait à parler. Et je compris enfin: un bon petit discours pour dire bonjour à ceux qu’il a enfermés en prison… J’étais dépité. Au lieu de régler les comptes avec ce… ce salaud, il nous avait concocté un petit speech! Il déplia un papier, et le lut avec une expressivité joyeuse et des manières poétiquo-fleurettes qui me révoltaient.

- Bonsoir mes amis, bonsoir mes chers nouveaux patriotes de l’île. Je vous souhaite la bienvenue dans la société de la Grotte! Nous sommes des personnes ci pour veiller à ce que la vie soit belle loin de la turbulence urbaine! Je vous présente au autres: voici dans l’ordre Katia Salomé, Lucas Reeves et Michaël Andreau!

Salve d’applaudissements…

- Vous vous êtes échoués sur cette île suite au crash de votre avion, et Nathalie Fusell est venue vous chercher pour vous raccompagner jusqu’ici. Vous avez su prouver votre valeur, vous êtes donc nouveaux citoyens de notre communauté îlienne! Je suis fier de vous apprendre que vous avez chacun une petite maison à votre disposition ; vous serez voisins et vos métiers vous serons donnés tout à l’heure! Mais à présent, l’heure est à la fête! Bienvenue à vous chez nous!

A nouveau, les exclamations fusèrent. La musique revint et Tony partit précipitamment de la salle, nous laissant avec notre… public. Alors, nous descendions de l’estrade et la foule se remit en mode brouhaha. Michaël me signala qu’il voyait des chaises, et j’acquiesçai, en invitant Katia à nous suivre. Nous étions vidés, épuisés, et nous passions l’ultime test de la fête. Nous ignorions les gens qui venaient se presser autour de nous et allions tant bien que mal rejoindre une table, où on nous laissa une grande place pour s’installer.

- Mais regardez les! Ils ont l’air bien fatigués! René, ne va pas leur parler, les pauvres!

On me tendit un verre de jus d’orange. C’était une grosse main ; je pris le verre et effleurais la peau qui se montra extrêmement douce. Je levai les yeux et remerciais vaguement la personne. C’était une dame assez petite avec un certain embonpoint, dont l’âge devait se situer à la cinquantaine d’années. Elle était maquillée de pied en cap et me lançait un large sourire.

- Pardi, buvez jeune homme!

Je m’exécutais pour ne pas la vexer. Ce jus d’orange était délicieux. Un homme vint les rejoindre et se présenta sous le nom de Sylvain. Il déclara que la dame était sa femme et se prénommait Berthe. En fait, ils se ressemblaient ; c’était un de ces couples dont la durée du ménage a usé leurs personnalités respectives pour qu’ils ne soient plus qu’un ensemble harmonieux: il était la version masculine de sa femme.

- Allons, dit Sylvain, il semble que vous soyez tous les trois biens las! Si vous le désirez, je peux moi et ma femme vous accompagner chez vous.

J’interrogeais mes deux amis du regard.

- Tu peux y aller, déclara Michaël pour recouvrir le bruit, je reste ici un peu. A demain!

Katia voulait également rester un peu et fit un petit geste de la main, du genre du « Allez pars! Tu n’attends que de dormir, vas-y! ». Alors, je me levais et pris la suite du brave couple. Il fallut encore un peu de temps pour sortir de la cohue et Berthe n’hésitait pas à jouer de ses gros coudes pour que l’on cédât la place à un roi de la soirée : moi. Nous étions dans un dédalle de maisons de briques carrées, dont on voyait des volets. De vraies maisons…

Le choc fut grand quand Sylvain et Berthe s’arrêtèrent devant une maison comme toutes les autres, mais dont il y avait une plaque collée à la porte en bois, juste au-dessus de la boîte aux lettres.

- Lucas Johnson.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:50 par Mrpolins »
Réponse #33 Dim 21 Nov 2010, 15:46
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
Quarante-troisième jour.
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;


Je m'avançais doucement vers la porte, et parvenu au seuil, je remarquai qu'il n'y avait pas de serrure mais juste une petite poignée en bois. Je me baissai au niveau de la plaque et passai les doigts dessus, le long du L soigneusement taillé. Je ne savais pas quel matériau c'était, mais c'était un si beau gris, quoiqu'un peu terne!

Soudain, je me retournai en prenant conscience que j'étais avec le couple... mais, stupeur, ils avaient disparu. Je haussai les épaules; ce devait être pour me laisser, moi et ma maison. J'ouvris la porte, et vis une unique pièce de plein pied. Je découvris un canapé, un réfrigérateur, et des étagères où il y avait des fruits, des boites de conserve et aussi quelques babioles de l'ordre d'une petite radio. Au fond, il y a avait un grand lit. Il y avait aussi un petit réveil à côté, mas je n'y faisais pas attention. Je regardais, à côté, une petite cabine de douche en zinc parfaitement modulé, des piles de vêtements devant. A côté de cela, c'était les objets classiques d'une maison: un lavabo et un égouttoir avec beaucoup de produits dessus, un armoire, et un miroir... Mais, surtout, au plafond, une ampoule existait, qui s'était allumée dès que j'étais entré. Il y avait pourtant un interrupteur. J'appuyai dessus et tout devint sombre. Quand je rallumai, je vis une table en bois carré et quatre chaises du même matériau. Sur la table se trouvaient un pot à crayons, un cahier dont la couverture était en cuir noir qui scintillait à la lumière; il y avait aussi une lettre. Je pris la lettre avec d'amples gestes qui montraient ma fatigue. Je m'assis sur le lit pour la lire... mais tout à coup, l'idée de dormir me vint. Je m'allongeais.
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 11:51 par Mrpolins »
Réponse #34 Dim 21 Nov 2010, 16:41
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Madame rêve d'atomiseurs
Et de cylindres si longs
Qu'ils sont les seuls
Qui la remplissent de bonheur
Madame rêve

Madame rêve d'artifices
Des formes oblongues
Et de totems qui la punissent

Rêve d'archipels
De vagues perpétuelles
Sismiques et sensuelles

D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel au ciel

On est loin des amours de loin
On est loin des amours de loin
On est loin

Madame rêve ad libitum
Comme si c'était tout comme
Dans les prières
Qui emprisonnent et vous libèrent

Madame rêve d'apesanteur
Des heures des heures
De voltige à plusieurs

Rêve de fougères
De foudres et de guerres
A faire et à refaire

D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel au ciel

On est loin des amours de loin on est loin des amours de loin
On est loin loin

*

Il est là. Il ne fait qu'attendre. Que la tension monte. Que le tout éclate.


*** ***


Le lendemain matin, mon réveil sonna. Quelle heureuse surprise! Je sortis de mon sommeil par sursaut. J'avais mal dormi. La lettre était dans ma main. Dans la pénombre, je me levais pour atteindre l'interrupteur de la lumière, mais il s'alluma à mon simple geste. Je me frottais doucement mes yeux un peu gonflés, et lus...
« Dernière édition: Dim 03 Avr 2011, 12:01 par Mrpolins »
Réponse #35 Mar 23 Nov 2010, 11:12
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée


Citer
Bonjour, bonsoir,

   Lucas Reeves, je te souhaite chaleureusement la bienvenue chez nous! A toi, Katia et à Michaël. Je me dois te dire que je sais bien que vous devez être très mécontents de ce qui se passe pour vous trois: de votre arrivée à l'épisode du coffre. Je vous remercie de me l'avoir rapporté, il est précieux! Je compte sur toi pour que tu résonnes tes deux amis: vous ne devez pas me considérer pour le méchant de l'histoire, ce serait faux, et vous le savez tous trois. Vous voilà à l'aube d'une seconde vie, la vie sur cette île. Je te prierai également de ne pas me demander comment partir; je peux t'assurer que c'est quelque chose de long et difficile pour nous tous. Vous devez juste savoir que le coffre me permet de vous y envoyer, au continent. Nous sommes deux citoyens dans cette société assez spéciale, j'en conviens. Nous sommes ici pour la paix du monde, et je t'invite à y rester, tu verras que la vie est douce sur cette île. Je suis sûre que tu auras des amis, et peut être en ferai-je partie, qui sait?

   Plus sérieusement, ici il y a des règles, comme dans toute société. A part les règles évidentes de non-violence et de justice, tout le monde doit être habillé de la même façon. Ce sont les habits que tous portent. Tu as du le constater, les maisons n’ont pas de verrous, mais les infractions sont tout de même interdites ! Il y a aussi un carnet et des crayons sur la table. Tu devras porter sur toi à tout moment ce carnet et un crayon. Comme cela, tu pourras écrire tes pensées, c’est la seule chose qui est vraiment personne ici, c’est donc réellement important. Je te fournis aussi ta carte de la grotte, elle est au dos de la lettre. Tu pourras te repérer avec, je te conseille de la glisser dans ton carnet.

    Sur l’île, la propriété personnelle n’existe que pour les carnets, tout le reste est partagé. Mais tout le monde travaille, et ce pour la communauté. Ainsi tu es menuisier. Je pense que ce métier te convient, mais dans le cas inverse, tu pourras venir m’en parler. L’atelier est représenté par une croix sur la carte, tu vas y aller dès aujourd’hui ou demain. Ah oui, j’oubliais. A l’heure où tu vois la lettre sur la table, en rentrant de la fête, nous sommes le 26 juin 2010. Ici, tous les jours sont les mêmes, alors le jour ne compte pas ! Cela fait aujourd’hui 43 jours que tu es sur l’île. Tu es donc arrivé le 14 mai. N’hésite pas à venir me voir !


Tony Jones, Maire de la Grotte.

Réponse #36 Mar 23 Nov 2010, 12:17
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée

Ceci est le carnet de Lucas Reeves.
Veuillez me le rendre si je l'ai perdu, je travaille à la Menuiserie, côté lac.



Réponse #37 Sam 11 Déc 2010, 14:27
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- Autour de moi -
27 juin



Ça y est... Je suis enfin rentré. Une longue journée, avec ce carnet dans ma poche. Carnet que j’avais toujours envie de toucher… Enfin, maintenant, je peux m’assoir à côté de ma table en bois sur ma chaise en bois. Je reviens donc de la première journée sur cette île où… où quoi ?

Où je suis prétendu être reconnu citoyen. Quelle situation bizarre ! Après tout, j’ai commencé citoyen français chez moi, pour être passager d’avion aux côtés de ma chère Marie, car mon père était mort. Ce qui me fit naufragé, puis rapidement accompagné. Ma situation tourna soudain au vinaigre lorsque je fus le prisonnier sage qui voulait sortir de sa cage. Quand je sortis, je devins aventurier dans les corridors sombres d'un temple à la Indiana Jones. Et là, je me retrouve gentil bonhomme habitant dans une grotte sur une île plantée je ne sais où… Pacifique, peut être ? Ou Atlantique ? Après tout, ma direction avait été Miami, alors l’avion avait ben pu se crasher dans ces eaux-là…

Je repense à ma vie précédente de bon professeur de français dans une faculté de Paris. Eh bien, ce professeur serait à présent en train de composer un journal intime histoire de faire passer le temps ? Je me demande pourquoi tout le monde ici a un carnet, mais ce que je sais, c’est que c’est un peu la seule chose qui me réjouit. Je ne suis pas dans mon vrai foyer avec Marie ; je suis dans une espèce de maison de briques qui ne me dit rien qui vaille, et je n’ai aucun objet personnel, à part ce carnet…

Cette île est insondable, et les gens ici sont tous bien démarqués, avec des manières toutes très changeantes et des humeurs plus ou moins agréables. Prenons ce Monsieur Duhamel. Je ne connais pire homme que lui, avec aussi peu de jugeote et aussi peu de gentillesse. Enfin, je vais en reparler, j’ai tout mon temps…

Ma journée a donc commencé avec la lecture de la lettre. Tony me donnait une grande chance de vivre ici, avec beaucoup de choses mais tout de même, il n’était et resterait à mes yeux toujours très, très louche… Il voulait que je veille sur Michaël et sur Katia, et c’est pourquoi nos maisons étaient voisines. Mais je ne comprenais pas et ne comprends toujours pas ce que représentent mes amis de mal… Je suppose que je devrais ne pas m’en soucier pour l’instant. Le principal est bien que Tony connaisse un moyen de nous faire sortir de cette île et je suppose que je dois le mériter…

Je suis donc menuisier à plein temps sur l’île, et puisqu’il manque certains meubles, nous devrons nous en charger, moi et mes « collègues ». Ce n’est pas le genre de choses que j’aime particulièrement, mais je crois que je pourrai m’en contenter en attendant de rentrer. Et quand je rentrerai, je chercherai Marie de toutes mes forces ; et quand je rentrerai, je lierai ce carnet… J’espère qu’il y aura peu de choses à y lire… Tout dépend de Tony, tout me ramène à être accommodant avec  lui, ce dont je n’ai pas très envie.

Ce matin, donc, après avoir lu la lettre, je trainassais quelques minutes avant de me donner l’objectif qui aurait dû m’occuper depuis bien plus longtemps… Manger. Je regardais sur l’étagère, et parmi tous les produits (fruits, gâteaux, eau, chocolat…), je pris une banane. J’ouvrais aussi le frigidaire, où il y avait nombre yaourts et salades, et saisis une bouteille de jus d’orange… Marque Joker. Je bus un peu du liquide en me rendant compte au contact du liquide froid descendant la gorge que ma gorge avait été très sèche. Puis, je mangeais la banane et me dirigeai vers l’armoire. Il y avait des vêtements de rechanges, des couverts, des rasoirs. Et autour du lavabo, une brosse à dents, et tout le matériel pour se laver. Je m’emparais d’un savon et d’un gel douche et me déshabillai.

Nu devant la glace, j’inspectais chaque partie de mon corps. Depuis quand ne m’étais-je pas lavé avec soin? Depuis plus d’un mois! Je pris des ciseaux dans un pot et me coupai tous les ongles. Après cela, je pris une douche. Habituellement, c’est pour moi le moment de relaxation intense de la journée, mais là, j’y mettais beaucoup d'énergie à décrasser ma peau, et prenais plaisir à voir l’eau noircir. C’était une vraie cabine de douche avec de l’eau bien chaude. En sortant de la cabine, je me séchais avec un entrain à m'en faire rougir la peau. Sorti de la cabine, je me rasai et en profitai pour ajuster les pattes de ma coiffure assez désordonnée. Puis, je m’habillais avec ce que je trouvais dans l’armoire. J’échangeai mes chaussures de marches avec une paire de converses classiques. Et l’éternel habit blanc, des sous-vêtements au pull, sans compter un jean noir. Je m’habituerai bien à être habillé dans la même mode que tous les autres…

Après ça, j'ai pris mon carnet, et suis parti me repérer dans la Grotte avec cette carte… Je passerai les détails de l’ordre des demandes aux personnes que je ne connaissais pas, aux regards auxquels j’avais le droit… Tout étant que les gens me faisaient des bonjours, et que tout le monde partait au travail… Je relevais qu’il n’y avait aucun enfant que j’aurais pu croiser…

La population était pressée et je me retrouvais ainsi, carnet et carte en poche devant un petit bâtiment (toujours en briques) du nom peint en bleu « Menuiserie ». Et devant ce bâtiment se trouvait une femme qui me disait quelque chose… Une femme que j’avais eu un peu tendance à oublier ces derniers jours. Je m’approchais lentement vers elle. Entendant mes pas, elle se retourna et s’écria:

- Lucas ! Te voilà enfin ! J’ai cru que tu serais en retard, dit-elle d’un ton faussement enjoué.

- Oh, Nathalie, fis-je sans entrain.

En réalité, je ne savais pas quoi dire. Elle s’était éclipsée je ne sais comment… Je me rappelai soudain que Tony avait dit hier soir… Quelque chose comme quoi Nathalie serait venu nous chercher. Voilà qui m’énerve hautement. Elle s’était prétendue naufragée tout comme nous, mais ce n’était qu’un mensonge pour nous attirer ici. Mais alors, elle avait prétendu que son fils était mort dans la grotte; aurait-ce été aussi un mensonge ? Elle me dit qu’elle était contente de me voir.

   - Tu sais, Lucas, je suis désolée pour ce qui c’est passé… Je pensais que vous ne voudriez pas venir si je ne mentirais pas… Je pense que j’ai eu tort.

Je décidai de prendre un air résolument énervé et lui déclarai:

- Tu n’as pas à t’excuser. Ce que tu as fait… je trouve ça honteux !

- S’il te plait, tu dois savoir que…

- Je n’ai pas envie de t’entendre parler, espèce de… Tu sais, j’avais confiance en toi, autant qu’en Katia et en Michaël… Maintenant, je ne veux plus te parler.


Ce n’était pas très convaincant, mais bon, tant pis! Nathalie afficha une moue attristée mais je ne me mépris pas : elle n’était pas franche. Son numéro était terminé, sa face cachée révélée. Elle voulait jouer avec Tony, elle ne jouerait pas avec moi! Je me frayais un chemin pour l’éviter et entrai dans la Menuiserie en claquant la porte derrière moi.
« Dernière édition: Sam 05 Mar 2011, 15:21 par Lucas Reeves »
Réponse #38 Sam 11 Déc 2010, 22:19
Nathalie F
Hors ligne Hors ligne


Messages: 4




Journalisée
Page 79
Double-culpabilité?

Aujourd'hui, 27 juin, je suis donc allé voir Lucas, comme je l'avais dit hier. C'est bien la culpabilité qui me ronge. Je ne sais pas si ce journal sera lu ou pas, mais ce soir, je repense à mon faux réveil...

Je m'étais allongée il y avait bien dix minutes lorsque les deux autres avaient émergé. Leur faire avaler le mensonge avait été un jeu d'enfance. Les pauvres, ils étaient déboussolé, et avaient l'estomac renversé, après ce crash.

J'avais accompli la tâche qui m'avait été demandée, c'est vrai. Aux yeux des autres, je n'avais rien fait de coupable, cette fois-ci. Mais dès que nous sommes entrés dans la grotte et que les trois naufragés se sont retrouvés emprisonnés, je n'ai pu m'ôter l'idée de la tête que j'aurais pu leur dire de fuir. Je serais revenue à la grotte bredouille, et on ne m'aurait sans doute pas reproché de n'avoir retrouvé personne.

Je suis donc allée voir Lucas, devant la Menuiserie où il a dû commencer à travailler aujourd'hui. Il a seulement été surpris, et dans ses paroles, il m'a fait culpabiliser encore un peu plus. Je sais qu'il a raison, mais je ne pouvais pas refuser la mission!

Tout compte fait, je me dois d'être franche avec ce journal. Je crois que Lucas, Katia et Mickael vont bientôt mourir. Ce n'est qu'une question de temps. Ils ne devaient pas venir sur l'île. Personne ne le vient de cette manière-là!

Je sens que leur venue ne va pas attirer que de bons évènements.
Réponse #39 Lun 13 Déc 2010, 19:31
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- Tout ira bien -
29 juin



I believe in you and me
I'm coming to find you
If it takes me all night
Wrong until you make it
And I won't forget you
At least I'll try
And run, and run tonight
Everything will be alright


C'est ce que je me rappelle de cette chanson... Je voulais retranscrire les paroles pour ne pas les oublier, maintenant je suis rassuré. Je n'ai eu que peu de temps avant-hier et n'ai pu continuer de raconter cette première journée... Je reprends donc.

Après avoir laissé Nathalie seule, je me retrouvais dans un espace exigu où trois personnes m'attendaient à côté de planches et de divers scies et cutters. Évidement, ce sont les trois autres menuisiers de la Grotte. Deux d'entre eux affichaient un sourire "Welcolm" qui m'affligea. L'autre me regardait fixement, avec de grandes lunettes parfaitement carrées; son air était largement supérieur, ce qui ne me donnait pas envie de m'avancer vers les trois hommes.

- Bonjour et bienvenue chez nous! s'écria l'un deux.

L'homme était bien plus petit que moi, bien que je n'excède pas le mètre soixante-quinze. En plus de cela, il arborait un ventre rebondi et me tendait une main rouge. Je la pris; elle était chaude et très mouillée... par la sueur. Il se présenta en tant que Guillaume. Puis, le second homme qui m'accueillait vint vers moi et me tendit également la main. Il me disait vaguement quelque chose... Après l'épisode de la poignée de main "virile", je compris pourquoi il ne se présentait pas: c'était Sylvain, l'homme qui m'avait raccompagné le soir de la soirée, avec sa femme Berthe. Je leur fis un sourire puis, presque uniformément, nous nous tournâmes vers le dernier homme qui ne s'était pas présenté.

- Ah, me glissa Guillaume à voix haute, comme l'individu ne se présentait pas, et voici monsieur Duhamel, notre chef, le dirigeant des trois ouvriers que nous sommes de la section de menuiserie.

Je m’avançai du bonhomme, perplexe. Il affichait toujours son air hautin, alors je décidais de l’ignorer. Sylvain et Guillaume me firent une visite rapide, ce qui était normal vu la taille de l’atelier. Mr Duhamel restait planté au même endroit, mais regardait à présent le sol bétonné. Il était très pâle et ses traits étaient tirés. J’ignore toujours ce que je lui ai fait, mais Sylvain m’a dit que c’était un peu son petit jeu: être exécrable avec les gens. Je ne sais pas vraiment à quoi m’en tenir...

Nous avons donc commencé dès le matin à découper du bois et à la travailler. En France, j’aimais bien faire de petits objets avec du bois, ce n’était donc pas un travail qui m’insupportait, loin de là. Nous eûmes le droit à un silence complet du chef de service, qui se mit tout de même au travail, passant parfois s'enfermer dans son petit bureau où des piles de papiers étaient parfaitement rangées. Il travaillait en silence et rien ne semblait pouvoir le troubler. A un moment donné, mon estomac gargouilla, déclenchant un rire peut être exagéré de Guillaume. Aussitôt, il partit et revint avec des sandwiches en main.

- Thon, salade, et margarine pour ne pas prendre de poids! déclara Sylvain en rigolant sans trop de raison.

Guillaume m’en lança un et aussi à Sylvain. Puis, nous nous assîmes sur des chaises et le petit repas commença. Sylvain alla chercher une bouteille d’eau que nous partagions. Mr Duhamel, lui, ne bougeait pas de son bureau où il étudiait un dossier. L’après-midi fut identique, le patron ne sourcillant pas et ne mangeant pas, nous travaillant avec légèreté mais sérieux. Nous étions en pleine découpe d’une grande table pour les cuisines.

Mes compagnons me racontèrent comment se déroulait l’organisation de la Grotte. Il n’y avait pas de télévision sur l’île, mais les activités ne manquaient pas: on pouvait faire de grandes randonnées, aller se baigner un peu, faire des activités lecture. Mais, surtout, il y avait un grand bar, le bar d’Hadrien.

Tout à coup, je sursautai au son d’une horloge qui se mit à résonner dans toute la grotte. A ce moment, Guillaume et Sylvain levèrent le nez de leur travail.

- La journée est terminée, Lucas, me fit Sylvain, malicieux en voyant que je ne comprenais pas ce qu’il se passait.

Mr Duhamel ne nous regarda pas et ne leva pas la tête ; il restait à s’occuper d’un coin qui était mal coupé. Alors, moi et mes nouveaux amis, nous partîmes. Ils me proposèrent de me rendre au bar, Guillaume avait une « petite soif ». Je déclinai l’invitation en utilisant le prétexte de la fatigue. Je rentrais chez moi, et écrivais ce journal ; c’était le 27 juin…

Les deux autres journées ont été identiques, Mr Duhamel ne parlait pas, les yeux fixés sur son travail. Mes deux amis étaient assez sympathiques. Hier soir, j’étais épuisé. J’ai appris que chaque soir, les cuisiniers qui travaillent la journée, nous déposent le repas du soir sur la table. Nous avons eu le droit à une purée de courgettes accompagné d’un gratin de poisson, hier. Après cela, nous devons nettoyer les plats, de façon que le lendemain, les éboueurs ramassent les plats en plus des ordures ménagères pour les reporter aux cuisines. Les ordures sont traitées spécialement, comme en métropole, mais en plus pointilleux, et nous utilisons essentiellement du biodégradable et consommons peu.

Ce n’est que ce soir que j’ai vu Katia et Michaël, qui entraient chez Katia. Ils m’ont proposé de se rendre au bar pour parler un peu. Michaël y est déjà entré et m’a dit qu’il est très grand, même si nous ne l’avions jamais vu, en entrant dans la grotte. C’est ainsi que ce soir, je leur parlerai de Nathalie, et ne leur parlerai pas de la lettre de Tony. A quoi bon échauffer les ardeurs de Michaël?

J’espère que nous quitterons bientôt cette île. J’espère retrouver Marie. Elle me manque de plus en plus, et cette nuit, j’ai fait un rêve atroce où elle se noyait dans les eaux du lac…

J’espère aussi savoir pourquoi tous ces gens sont ici et compte bien le demander à ceux qui seront au bar d’Hadrien, ce soir.
« Dernière édition: Sam 05 Mar 2011, 15:21 par Lucas Reeves »
Réponse #40 Mar 14 Déc 2010, 18:15
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
29 Juin.



Tony était au calme...
Enfin, il pouvait ouvrir ce coffre.
Ses mains tremblaient.
Son destin allait-il encore une fois virer de bord?
Que contenait le coffre?
N'y-avait-il pas eu de problèmes?

Ces trois là étaient bien dociles...
Tout allait-il enfin s'arranger?
Ou devraient-ils quitter l'île?
Comment feraient-ils?

Et si ce n'est qu'un leur?
Et si tout ce qu'il avait fait ne...
Ne servirait enfin de compte à rien?

Clic!
Le coffre était ouvert.

Réponse #41 Mar 14 Déc 2010, 19:37
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- Is it the hoodoo? -
29 juin



Me voilà revenu de la soirée au bar. Drôle de soirée. Nous arrivions tous trois (avec Katia et Michaël) dans le fameux bar d’après les connaissances du chemin de Michaël. Il débouchait dehors, où le soleil déclinait et où le grand ciel prenait de belles teintes orangées. La pluie de l'autre fois n’était plus qu’une petite bruine, et les nuages moutonnés ne rendaient que plus beau le ciel de fin de journée.

Nous nous dirigions vers la droite de la grotte, c’était bien par ici que nous n’étions pas venus. C’était un édifice assez petit et très bien éclairé autour duquel bon nombre de personnes se pressaient. Il y avait même de la musique! Malgré l’obscurité croissante, nous pouvions voir en nous approchant que des néons étaient fixés dans le sol et sur ce bâtiment ouvert. « Chez Hadrien » était écrit en lettres roses clignotantes au-dessus. Oui, c’était un bar, et l’ambiance s’y échappant était tout aussi festive que celle de notre arrivée.

Nous nous frayions dans la foule, Michaël faisant de petits saluts. On me serra la main une dizaine de fois, même si je ne mettais pas de volonté à parler aux gens. « Je suis Fanie! » « Bonjour, moi c’est Théo ! »

Ce fut au moment où nous arrivâmes au comptoir que j’eus un petit choc: un vrai comptoir de bar, avec le lot de bouteilles de toutes sortes… Nous ne prêtions guère attention aux autres personnes, et tous trois, nous nous accoudâmes en attendant que l’on vienne nous proposer quelque chose. Le barman, Hadrien, se présenta à nous. Il était sûrement sexagénaire et était tout pâle, malgré le soleil qui devait l’inonder la journée. Torse nu et en sueur, on voyait des gouttes de transpiration sortir de l’épaisse touffe que formait ses cheveux.

- Alors, les petits nouveaux, dit-il, que voulez-vous ? Sachant que l’alcool est prohibé, mes pauvres!

Katia prit une menthe à l’eau, et par réflexe, je la suivis, et Michaël fit de même. Puis, tandis qu’il nous servait, Katia engagea la discussion:

- Alors, Lucas, cela fait longtemps que nous étions vus, dit-elle par-dessus le brouhaha. Comment ça se passe dans la menuiserie ?

   - Plutôt pas mal,
fis-je avec un entrain forcé comme à mon habitude. Il y a trois hommes avec moi. Le chef, monsieur Duhamel, qui n’a pas envie d’être aimable, Sylvain, le mari de Berthe, ceux qui m’avaient raccompagné, l'autre soir. Il y a aussi Guillaume qui est un habitué du bar. Les deux derniers sont sympa... mais Duhamel est con comme un balai, conclus-je avec un sourire à la pensée du directeur faisant le muet.

- Ah mince, fit Katia avec une grimace compatissante. Moi je suis dans la couture, c’est assez agréable, mais pour l’instant je dois apprendre à ne pas me piquer les doigts. Je n’en ai jamais fait…

Puis, nous nous tournâmes vers Michaël qui sirotait son verre. Quand il vit que l’on s’intéressait à lui, il cessa et posa son verre pour se joindre à nous, distrait.

- Moi, la déchèterie, voilà où je suis, fit-il nonchalamment, comme si cela n’avait aucune signification à ses yeux.

Je me fis dubitatif face à une réaction de ce genre de la part de Michaël. Il y eut un petit silence durant lequel je me demandais si je devais ou non parler de ce que Tony m’avait écrit. Mais à ce moment-là, Katia aborda justement le sujet de ce « sherif » de la Grotte.

- Je suis réellement pressée de partir, nous confia-t-elle en se trémoussant d’un air gêné. Regardez, ici les gens sont tous agréables, peut-être sauf ton directeur Lucas, mais tous nous ont fait un accueil du tonnerre. Si j’ai l’impression qu’ils vivent ici pour leur plaisir, moi je n’en veux plus! lâcha-t-elle tout à coup.

Elle se mit à rougir et but un peu de son verre comme pour se rafraîchir ; je l’imitai puis lui dis avec un air encourageant:

- Mais tu sais que tout s’arrangera très vite! Tony ne me plait pas du tout, mais je crois qu’il n’a qu’une seule parole: faire tout son possible pour que nous puissions partir. Cette île me donne à moi aussi une drôle d’impression.

- L’île ne vous plait pas?!


Nous nous retournâmes tous trois vers la voix qui nous apostrophait. C’était tout un groupe d’hommes accompagné d’une jeu femme. Tous arboraient à leur habitude une mine souriante et chaleureuse. L’homme qui avait parlé était Sylvain.

- Ah, mes pauvres amis! Je suis navré que tout cela ne soit pas à votre gout!

Le tour des présentations commença. Poignées de mains, et bises: après Sylvain, ce fut au tour d’un Guillaume tout rouge et tout timide face à Katia. Puis, il y eut un homme prénommé Hugo qui se devait d’être médecin et croque-mort, lorsque ses patients décédaient. Il m’avait l’air très sympathique. Un certain Yves Desman qui précisa avoir 42 ans vint me lacérer la main.

Puis Hadrien se rapprocha et désigna une jeune femme d’une grande beauté comme être sa fille. Celle-ci se rentra la poitrine en riant doucement et me tendit la main, que je serrai.

- Je suis Jihanne, et je m’occupe des jardins et des légumes, dit-elle.

- Enchanté, fis-je en me ravisant après un flash de Marie…

Puis, le groupe s’installa et les boissons passèrent. Nous parlions de nos premières impressions sans vouloir les importuner de notre critique.

- C’est qu’à cette heure, disait Katia un brin rêveuse, je pensais que je serais à New York à baver devant les vitrines et à scruter les prix.

Après un long soupir, elle leur demanda comment les habitants des lieux faisaient pour accepter de vivre fois loin de tout et à la fois si proches de la technologie. Sans leur laisser le temps de répondre, Michaël prit la parole d’un ton assuré:

- Et vous qui habitez depuis longtemps ici, Tony ne vous fait-il franchement pas chier?

Grand silence. Tout le monde était gêné. C’est à ce moment où une chanson commença: les Rita Mitsuko! Quel bonheur! Je savourai les « C’est la mort qui t’a assassinée Marcia ! » et les « Ouh ah ouh ah ! » de la chanson car personne ne répondait. C’est ainsi que l’idée saugrenue me vint de danser. Mais je me ravisai, ne voulant pas paraître désagréable aux yeux de mes compagnons; c’est ainsi qu’à la fin de la chanson qui suivit « La femme chocolat » qu’Yves Desman, je crois que c’était lui, répondit à la question apparemment taboue:

- Tony est quelqu’un de très sensible. Il fait un bon chef pour la communauté depuis qu’il remplace son frère.

Michaël bondit sur la situation et lui demanda qui était ce frère.

- Eh bien… fit Yves en piquant un fard, Jason son grand frère a été tué par le vieux Collins. Il y avait quelques problèmes et une bagarre à mal viré.

Pour le coup, je ne dis rien, mais Katia se dressa sur son siège. Jihanne continua:

- Vous verrez sûrement sa fille, Jane. Elle vient parfois ici. Après cela, le vieux Collins s’est suicidé. Comme quoi il y a des problèmes partout!

Je crus que j’allais faire une crise : ces personnes accueillantes jusqu'à l’excessif avaient connu un meurtre accompagné d’un suicide! Comme l’île me semble bizarre.

Ensuite, nous racontâmes comment nous étions venus jusqu’ici… Comment nous nous étions retrouvés dans la prison et comment nous avions été dans le faux temple maya. Le groupe ne fit plus de remarque, comme fermé tout à coup. Yves Desman, lui, ne faisait que gigoter, comme si l’information de la prison l’excitait, alors qu’elle avait plutôt eu l’air d’intriguer les autres… Quoi qu’il en soit, les chansons défilaient et tout à coup, je ne pus me résoudre à continuer d’ignorer la musique. Voilà qu’une chanson qui me tenait à cœur était diffusée par Hadrien, installé autour d’une chaîne stéréo pour régler les musiques. Je le regardais, comblé, et en réponse, le son augmenta.

Ce fut trop: je me levai de mon siège et partis sur la « piste de danse » le sable fin autour du bar où le monde se pressait. La chanson commençait et j’eus un violent frisson de plaisir, lorsque les « Ah, ah, ah ! » suivis de la trompette fusèrent. La chanson, c’était évidement…

Let’s dance!
Let's dance to the song
They're playin' on the radio.
Let's sway
While color lights up your face
If you say run, I'll run with you
If you say hide, we'll hide...


Et cela continuait, continuait, et je dansais, quand Katia me joignit en décidant d’oublier les misères que nous vivions avec cette musique ponctuée de trompette. Et à David Bowie suivit Depeche Mode, U2… Et c’est ainsi que la fièvre me gagna et qu’avec Katia et Michaël, nous nous déhanchions, proches de la somptueuse fille du barman: Jihanne inondant Michaël d’adrénaline.

Puis après cela, je rentrais, il y a peu de temps, vivifié… Je m’apprête donc à dormir... paisiblement. La musique a un véritable don pour influencer mon humeur…
Réponse #42 Mer 15 Déc 2010, 17:35
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Marie, tu es là? Je t'attendais depuis si longtemps! Mais, où étais-tu? Il me semblait que tu serrais ma main, dans l'avion...

Face à lui, elle prend sa main, cette fois avec un calme qui contraste avec le stress provoqué lors du crash de leur avion...

Sur la petite plage tranquille où les vagues se glissent doucement entre les cailloux blancs de neige, les amants sont enfin ensemble.


Oui, dit-elle, je t'ai rejoint car je vois que tu t'ennuies un peu sans ma modeste compagnie...

Je dois l'avouer, ici tout est fait pour que je ne pense pas à toi, j'ai honte, mais tu restes tout le même dans mon cœur, ma Marie...

Je suis rassurée.

Où es-tu partie? Pourquoi n'as-tu pas tenu à... à redescendre sur terre à côté de moi?

Car je suis morte Lucas, voyons!


Le visage de Marie se brouille.

En effet, dit-il, tu m'as l'air malade.

La silhouette enlève sa main, laissant Lucas pantois.
Le sourire de la femme est gommé.
Ses yeux ne sont plus qu'un creux et elle n'est plus qu'une nymphe disparaissant.


Non! dit-il en paniquant, je ne voudrais pas encore te perdre.

Mais il est seul sur la plage.

Non!
...




« Dernière édition: Mar 20 Déc 2011, 22:16 par Mrpolins »
Réponse #43 Jeu 16 Déc 2010, 19:22
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée
1 Juillet.



C'était trop dur.
Elle ne savait plus que faire.

Seule. Le jour, elle s'angoissait à chaque pas.
Des pas douloureux.
La nuit, elle pleurait au moindre bruit.
Des bruits si inquiétants.

L'île était hostile.
L'île était hantée.
L'île était dangereuse.
L'île la tuait chaque jour un peu plus.

Seule. Elle avait perdu le goût de la vie.
Ce qu'elle avait toujours appelé...
La Raison de Vivre.

Cette idée, la Raison, est un filet comme invisible
Qui entre en nous à la naissance
Et reste pour toujours
A moins de la perdre.

Elle sentait le filet sortir de sa bouche, lentement.
Il coulait le long de son corps et s'en allait.

Doucement, doucement.
Mais continuellement.

Elle ne se rappelait même plus des jours passés.
Elle les avait enfouis loin, loin...
Car ce bonheur parti était devenu atroce.

Oh oui, c'était bien trop dur.
Le plus simple, le plus rapide
Serait sûrement de mettre fin à son histoire.
En aurait-elle le courage?

Pas pour le moment.
Il n'y avait pas encore assez du filet hors de son corps.
Mais plus pour longtemps.

Réponse #44 Sam 08 Jan 2011, 19:17
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- Marie -
6 Juillet



Voilà quelques jours que je n’ai pas écrit ici. La première raison, c’est parce que la vie se déroule à un rythme auquel je m’habitue. Le matin, je me dirige vers la menuiserie, dans laquelle je travaille avec les deux amis Sylvain et Guillaume mais aussi le directeur, monsieur Duhamel. Le midi, j’ai droit à un sandwich de thon, et après je reprends le travail avec eux. Lorsque l’espèce de cloche sonne, la journée prend fin. Je vais à ce moment rentrer chez moi, et je rends visite à Katia et à Michaël, avec qui je vais de temps en temps au bar d’Hadrien. Nous parlons de Nathalie, que j’essaie d’éviter au maximum mais qui tâche de venir à la Menuiserie à la sortie du travail.

La seconde raison est que j'ai longuement réfléchi depuis la première fois où nous sommes allés au bar. Voici ma réflexion. L’île est dirigée par une sorte de dictateur. Les petites gens se plient sans parler. Ils se rangent sur son passage. Mais le dictateur n’a rien de plus que les autres, à part le pouvoir. Il ne semble pas avoir été investi par un vote démocratique…

De nombreuses questions se posent sur le système de l’île, à commencer par : comment se fait-il que l’île soit habitée et équipée, sans pour autant être connue du reste du monde ? Il y a bien des mystères à éclaircir, des pans entiers de l’histoire de l’île à découvrir. J’ai toujours été très curieux, et quand on excite ma curiosité, j’attaque tout de suite. Je fonce tête baissée, sans réfléchir, pour tout savoir.

Cette fois, je vais y aller en finesse. Je vais donc enquêter pour savoir dans quel endroit mon avion s’est crashé. Aujourd’hui, je vois mon crash comme une occasion de vivre une aventure hors du commun. C’est peut-être futile, mais néanmoins excitant de vivre une aventure hors du commun !Reste à savoir par où je vais commencer. J’y réfléchis depuis quelques jours, mais je ne sais pas.

Et enfin la troisième raison, c'est que je me sens de plus en plus fatigué, et le seul moyen de me revivifier est de danser. Mes nuits se font cauchemardesques depuis peu. Marie apparait souvent, triste et sans vie. Dans ces rêves, j’ai aussi de nombreux flashs de ma vie précédente...

Je ne devrais pas me plaindre, mais la vie est si injuste! Je voudrais bien me faire une raison, et m’habituer, mais je dois rentrer en France, et là, je repartirai et ferai mon possible pour retrouver… ma femme. Au début du naufrage, les pensées pour elle n’étaient pas possibles, j’avais trop peur d’en mourir de tristesse. Mais, maintenant, la vérité me vient brutalement, et je ne peux y résister. Elle m’oppresse, mon ventre se contracte, les nausées viennent.

Je n’ai pas revu Tony, il faudra que je le vois, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles du bateau qui viendra me chercher, moi et mes deux amis. Les problèmes de l’île et la mort de Jason Jones, je n’en ai cure, tout ce qui compte, c’est retrouver le continent, lancer un appel, et retrouver ma Marie… A quoi bon enquêter sur l'île? Leurs histoires ne me regardent pas, et je perdrais beaucoup à me mêler des affaires de Tony.

L’autre fois, j’ai croisé Sophie, et j’ai passé ma soirée avec elle. Je ne peux qu’avouer qu’elle est très belle, mais j’ai peur qu’elle ne se soit imaginé que je voudrais l’aimer. L’autre soir, je la regardais, enfin je la scrutais presque, et je me suis dit : « Comme elle ressemble à Marie ! » Après cela, une sorte de plaie invisible s’est ouverte dans mon torse: la pensée à Marie.

De la douleur, ce n’est que ce je trouve ici! Comment faire alors, pour rendre ma vie plus agréable en attendant mon départ vers la civilisation? Je ne sais pas, mais j’ai souvent peine à me regarder dans la glace en sortant de ma douche, chose qu’avant, je faisais, avec Marie serrant ses bras autour de mon cou comme pour simuler un meurtre amoureux de sa part. A présent, je ne peux plus que m’imaginer dans ses bras, tandis qu’elle serait en pleine « séance d’affection », comme nous le disions, avec moi… Qui est l’homme qui n’a pas de fantasme quand sa femme lui manque?

De pudeur et d'impudence
Sans te faire offense
Mieux n'vaut pas tenter sa chance
Rien ne dure
Au dessus de la ceinture...
« Dernière édition: Mar 20 Déc 2011, 22:23 par Lucas Reeves »
Réponse #45 Sam 08 Jan 2011, 19:38
Marie Dupont
Hors ligne Hors ligne


Messages: 3


Pretty woman, walking in the nature!



Journalisée


Ah ! J’ai enfin réussi à me procurer un crayon, mais il a quelques problèmes, il va bientôt ne plus marcher. Voilà, je suis Marie Dupont, rescapée sur une île apparemment déserte... Je ne sais pas pendant combien de temps j'ai survécu, ni combien je survivrai encore, aussi je crois que je vais devenir folle toute seule. Je suis dans la jungle et je cherche quelqu’un. Je ne sais pas quel jour nous sommes. Et ce crayon ne marche pas, du t

Réponse #46 Mar 15 Fév 2011, 17:43
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- Camouflage -
16 Juillet



Dans le système de l'île, il est dit que tout individu peut prendre quelques congés, à condition que ceux-ci ne durent pas plus de cinq jours. J'ai donc décidé d'en prendre du 15 au 19 inclus de ce mois-ci, afin de mener mon enquête personnelle.

J'avais entendu Tony et Marco parler près de la Menuiserie, il y a quelques jours de cela. J'ai tendu l'oreille avec discrétion, l'air de rien. Ils parlaient d'un voyage qu'ils allaient effectuer vers le nord de l'île. Ils allaient s'absenter quelques jours. Une idée me vint à l'esprit: l'idée de les suivre, histoire de voir où ils se rendaient.

Je me suis donc préparé à cette expédition périlleuse dans le plus grand secret. Cette expédition qui m'a ouvert les yeux sur certains faits. Au moment où j'écris, je suis caché sous un arbre pour décrire ce que j'ai découvert, tant que mes souvenirs sont encore frais. Après cela, je dormirai un peu avant de reprendre le chemin du retour pour tout raconter à Mickaël.

Suivre Tony et Marco n'était pas évident car les deux hommes marchaient d'un bon pas, et même si nous étions en pleine jungle, j'étais souvent à découvert. Malgré cela, je crois qu'ils n'ont pas détecté ma présence. La route vers le mystérieux endroit où ils se dirigeait nous fit marcher un jour et une nuit durant lesquels Tony et Marco ne firent. Pour moi qui n'ai jamais été de tempérament sportif, ce fut un effort laborieux et épuisant.

Au matin, nous étions enfin arrivés à destination. C'est une baie de l'île où les arbres se découvrent pour dévoiler trois bunkers dans lesquels des hommes que je n'avais jamais vus vivaient. Ma grande découverte est qu'il y avait également un grand navire amarré, avec écrit en grandes lettres sur le côté "Le Prospero".

Un homme vint à la rencontre de Tony et Marco:

- Bonjour messieurs, dit-il. Nous attendions votre visite avec impatience! Les dégâts causés par les émeutes ont été réparés avec succès et le bateau peut être camouflé par la nouvelle coque. Je vais vous montrer cela...

Tony et Marco avaient l'air satisfaits. Les trois hommes entrèrent dans un des bunkers, et quelques secondes plus tard, une sorte de coque en tôle recouverte de feuilles et de branches sortit de la jungle. La coque glissait vers le Prospero, qui fut rapidement entièrement recouvert par la coque. De ma cachette dans des buissons, je fus étonné de voir que le Prospero semblait ne plus être là et qu'il ne semblait pas y avoir de coque. Le camouflage était parfait.

J'en avais assez vu. Le bateau que Tony nous promettait était déjà là depuis bien longtemps et je doute que les véritables intentions de Tony soient de nous faire monter dedans. A vrai dire, je crois qu'il préfère le garder soigneusement pour un usage personnel.

L'enquête fut un succès. Je sais maintenant que nous ne pouvons pas nous fier à Tony; ceci est la confirmation de nos doutes.

Malgré la fatigue du voyage, je dois rentrer tout de suite à la Grotte...
Réponse #47 Mar 22 Fév 2011, 12:19
Lucas Reeves
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 19


Plus que le marbre dur me plait l'ardoise fine...



Journalisée
- L'âme de l'île -
18 Juillet



C'est en rentrant que je me suis égaré.
Le chemin m'était inconnu et la nuit tombait.
J'étais harassé, avec un poids sur mes épaules.
Et tout à coup, je sentis que je pénétrais dans un autre endroit.
Les bruits caractéristiques de l'île disparurent tout à coup.
La lumière du soleil ne perçait plus les feuilles.
L'obscurité ne vint pourtant pas.
C'est avec stupeur que je m'aperçus que j'étais éclairé... par le sol.
La terre était turquoise et la végétation semblait ne pas être réelle.
Je me suis assis et ai contemplé ce qui se passait devant mes yeux.
La végétation.
Ce n'était plus des fougères, des lianes, des plantes coupantes.
Tout était gracieux et rien ne me rappelait l'île.
J'étais dans un autre endroit.
La végétation luxuriante était de toutes couleurs.
J'aperçus un fruit parfaitement rond, de la plus belle couleur qui soit.
Il était là, accroché à un arbre.
Je me suis levé, et à peine l'ai-je effleuré de mes doigts que le fruit tomba dans ma main.
Il était doux au toucher.
Je le mangeais avec avidité.
Le goût ne me rappelait rien.
Le goût était indescriptible tellement le fruit était délicieux.
Je fus soudain attiré autre part, où je vis une sorte de lumière vacillante flotter dans le ciel.
Je fis quelques pas, et là, je n'étais plus éclairé par le sol mais par une lumière blanche.
Au dessus de ma tête.
Et une sorte de pluie fine et dorée tombait doucement.
C'était ça, cette lumière vacillante.
Cela tombait sur mes épaules en me réchauffant doucement.
Je regardai atour de moi.
Toute la forêt était balayée par cette pluie fantastique.
Et... il y avait deux personnes.
C'était un couple d'une vingtaine d'année qui dansait.
Là, à quelques pas de moi.
Ils étaient comme vêtus par la pluie dorée.
Leurs visages étaient beaux, gracieux.
Et d'autres couples arrivaient, dansant comme dans un bal.
Un bal fantôme.
Les danseurs ne prêtaient pas attention à ma présence.
Ils se regardaient droit dans les yeux et dansaient, tournoyaient entre les arbres.
Il n'y avait pas un bruit, pas de vent, juste ma respiration qui brisait le silence.
Je me rendis compte que je ne savais pas combien de temps j'avais passé à les regarder.
Des heures, peut-être?
Je me sentais léger.
Je regardais les danseurs, qui ne pouvaient être le fruit de mon imagination.
Ils existaient réellement.
Le sommeil m'a soudainement envahi.
Comment? Je ne saurais le dire.



Réponse #48 Mar 22 Fév 2011, 19:02
Mrpolins
Mister Archipel
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme

Messages: 6830


Antinoüs



Journalisée

Et cette nuit-là, il rêve. On entend par intermittences de petits sons s'échappant de sa bouche.

"Elle est née des cap..."

Il change de sens, remue un peu. Plaque ses mains au sol, caresse l'air de ses doigts...

Se réveille. Regarde aux alentours. Une étrange musique parvient à ses oreilles. Une sorte de mélopée.

Il fait nuit noire, excepté une petite lumière vacillante, à quelques mètres.

Se rendort.

On entend par intermittences de petits sons s'échappant de sa bouche.

"Elle est née des cap...Rrrices."




***  ***


Ils habitaient là, dans le champs de ses cheveux.

Tout le monde était à leurs côtés, mais personne ne se souciait d'eux.

Elle plaqua le masque sur son visage et en fut transportée.

Alors, ils rejoignirent le sentier.






***  ***


"Elle est née des cap...Rrrisss..."


Réponse #49 Jeu 24 Fév 2011, 18:26
Nathalie F
Hors ligne Hors ligne


Messages: 4




Journalisée
Page 82
L'île des suicides

Aujourd'hui, 20 juillet, il y a eu du remue-ménage dans la Grotte. Un suicide de plus dans l'histoire de l'île... Depuis que les trois naufragés sont arrivés, les îliens sont à cran, je le sens. J'en ai même entendu parler qui proposaient de les tuer car ils ne font pas partie de notre communauté. C'est terrible et je ne sais pas quoi en penser, ayant été la première à les tromper lors de leur arrivée sur l'île. Je ne pense pas que les tuer est la meilleure solution, et les îliens ne devraient pas y penser, étant donné notre situation.

Je comprends cependant qu'ils ne veulent pas d'étrangers parmi nous: ils ont le goût de la liberté que nous avons tous perdus. Je le dis, je ne me fais pas d'illusion: nous autres îliens, nous y avons renoncé il y a bien longtemps, avant même d'arriver ici. Peut-être faudrait-il les renvoyer chez eux, après tout? Ils n'ont pas demandé à venir sur l'île, ce n'était pas leur destination. Mais Tony ne veut pas qu'ils partent, il a peur que l'île soit révélée... Et il a raison, si l'île était découverte par tous, si les journalistes les plus audacieux la retrouvaient, l'issue finale serait tragique.

Peut-être est-il plus prudent de les tuer, finalement... Peu importe qu'ils soient heureux ici ou non, ils ne portent pas le secret de l'île en eux. Leurs pensées se dirigent vers leur patrie.

Tony a dit avant de partir qu'il voulait s'assurer que le bateau était bien en sécurité. Au cas où la situation tournerait mal. Il a aussi dit, au moment où les trois naufragés étaient emprisonnés, qu'ils mourraient sur l'île. Je me demande ce qu'il en sera, au final. Les entretenir par des illusions est bien cruel...
« Dernière édition: Jeu 24 Fév 2011, 18:34 par Nathalie F »
Pages: [1] 2   Haut de page
Imprimer
Aller à:  

Propulsé par MySQL Propulsé par PHP SMF 2.0 | SMF © 2011, Simple Machines XHTML 1.0 valide ! CSS valide !